Charles-Auguste Bontemps, “Synthèse d’un anarchisme évolutif” (1952)

Synthèse d’un anarchisme évolutif

Pour être une permanence, pour durer et satisfaire le cœur et la pensée de qui lui consacre son effort et en fait la loi de sa vie, un anarchisme doit être fondé de telle sorte qu’il demeure valable en tout temps, quels que soient les évènements et independement des réalisations d’avenir qu’il envisage mais dont on ne peut savoir si elles seront ou comment elles seront.

A mon sens, il doit répondre à cinq conditions nécessaires à l’activité d’une vie: 1) un philosophie de base; 2) une éthique en découlant; 3) un objet conforme à l’ethique; 4) une forme d’action correspondant à l’objet; 5) une organisation qui permette et soutienne l’action collective sans enchaîner l’individu.

Compte tenu de l’experience acquise en quarante ans d’observations à travers les guerres et les révolutions, c’est sur ce données réalistes — mais nullement désabusées — que j’essaie de synthétiser les leçons de cette expérience en quelques brèves formules. Peut-être seront-elles utiles aux jeunes. Ce sont des têtes de chapitres. On y peut ajouter, retrancher, corriger et, surtout, on peut les développer. Leur thème est éternel.

Philosophie

I. — L’universe est donné. On le supporte tel qu’il est. On peut indifféremment le considérer comme immanent, c’est-à-dire existant en essence de toute éternité, ou bien comme créé par quelque être inconcevable.

Mais l’idee d’un créateur n’est pas rationnelle en ce que le créateur ne pourrait être lui-même qu’une immanence (quoi qu’en dise la religion catholique), ce qui ne ferait que pose le problème inutilement à deux degrés.

Dieu peut donc être ou ne pas être. Sa probation étant impossible et son existence n’expliquant rien de plus que l’immanence de l’univers, considérons l’idee de création comme nullement nécessaire à une pensée réfléchie.

II. — Une Morale de l’homme n’est valable comme telle que si elle concerne (ou peut concerner) tous les hommes. La référence à de pseudo-volontés divines s’oppose à cette vue en ce que les dieux sont divers et contradictoires. Une telle référence n’a pas de sens, attendu qu’elle suppose l’homme à la semblance de Dieu. Or l’homme ne saurait être à l’image de Dieu en raison de l’identité de son être physique et de maints aspects de son être psychique avec ceux de l’animal. Fût-ce sur le seul plan mental, il y aurait ainsi ressemblance entre Dieu et l’animal, ce qui est absurde.
Sur le plan spirituel, l’absurdité n’est pas moindre de prétendre assimiler l’esprit d’un être transitoire à l’esprit d’un Dieu qui ne se conçoit que comme un absolu.

En revanche, l’histoire des religions nous enseigne que les hommes ont toujours imaginé des divinités reproduisant leur propre mentalité et à son niveau. Ce qui résout la question : Dieu est une création de l’homme.

III. — L’Absolu-Dieu étant incompréhensible (sinon par les figures anthropomorphiques qui le ramènent à l’échelle humaine et ainsi le détruisent), ses volontés ne seraient saisissables autrement que par la découverte des tels de la nature dont il serait l’auteur. Il ne nous est donc d’aucune utilité directe puisque toute recherche ne peut ainsi partir que de la nature, en fonction de l’homme et pour l’homme.

Cela apparaît clairement lorsqu’on réfléchit qu’il n’y a de problèmes que parce qu’il y des hommes pour les poser.

IV. — Dans l’ordre physique, ce Que l’on sait du monde a été acquis par Ia méthode de la science objective. Elle est la seule voie efficiente de la connaissance. Les vues de l’esprit métaphysique ne sont que les chemins des hypothèses. Celles-ci sont infirmées ou confirmées par les données analytiques de la science. La raison et le jugement opèrent les synthèses et contraignent la dogmatique religieuse i se réfugier dans les symboles.

Il est probablement une limite à cette voie de la connaissance. Si telle est la condition de l’homme, les fables n’y changeront rien. Mais il ne doit pas être interdit de rêver à qui l’imagination confère une faculté d’illusion.

II doit y avoir aussi une limite à l’orgueil d’être un mammifère exceptionnel. L’homme n’est qu’un effet, sans doute accidentel, des évolutions naturelles et non une condition des lois qui régissent l’existant.

Ethique

I. — S’il n’est de morale que de l’homme et pour l’homme, sa source est dans notre nature complexe : instinct et intelligence, égoïsme et altruisme, sympathie et hostilité, individualisme et sociabilité.

Une éthique rationnelle est un essai de conciliation de ces contraires par une soumission et une résistance à la fois aux impératifs de nature. La biologie en fournit les éléments, l’observation psychologique les complète.

Cette éthique varie donc avec l’enrichissement de la connaissance et l’évolution du milieu. Elle est un concept de la vie, non de la mort De cette virtualité variation découlent deux morales : une morale sociale courante, en évolution lente et d’utilité pratique, et une morale construite, ouverte sur l’avenir, particulière à la vie personnelle d’un esprit libertaire, en marge du milieu dont elle préfigure et suscite les changements.

II. — L’état actuel de la biologie Indique une invariabilité des facultés humaines. L’homme ne change pas. Mais il peut changer le milieu, le rendre favorable à la manifestation de tendances bénéfiques à soi et à autrui et hostile aux tendances nuisibles.
Le résultat est le même que si l’homme en soi avait progressé.

Cette constante disponibilité de l’esprit, cette volonté d’être « soi » au mieux, de pro-meuvoir une condition sociale où tous les « soi » trouvent le climat de leur choix, telle est la constante de l’esprit libertaire.

Objet

I — L’objet de l’anarchisme est contenu dans son éthique : réaliser une vie aussi harmonieuse, intense et cohérente que le permettent ta difficultés naturelles. La réaliser pour soi, mais de telle sorte qu’elle soit virtuellement accessible a tous. Considérer que la vie n’a d’autre fin qu’elle-même. Que si un au-delà tout imaginaire avait, de fortune, une réalité, il ne saurait être de meilleur comportement pour y atteindre que d’accomplir hautement son cycle de vie par une culture assidue du caractère et de l’intelligence.

Ne pas chercher le bonheur qui dépend d’accidents, mais construire des conditions de benheur éventuel et se donner des joies qui sont choses de la pensée et de la sensibilité que nous tenons en propre.

II. — La somme des peines se répartit, bien qu’inégalement, entre tous les hommes. En diminuer le nombre et les causes, c’est diminuer la part qui nous en revient. Lutter contre le mal est l’objet de l’anarchisme.

III. — Il est d’utilité première à un esprit libertaire d’apprendre à penser les faits et d’en accepter les rigueurs pour les surmonter plutôt que de les masquer d’idéalisme. L’idéalisme est une forme de l’esprit religieux élémentaire, une forme inconsistante de la pensée timorée. L’idée, au contraire, est une projection que corrige la connaissance des faits.

IV. — Promettre la réalisation prochaine; par quelque révolution définitive, d’un paradis anarchiste, c’est mentir sciemment, c’est recruter de faux adeptes, étrangers à l’esprit anarchiste, les décevoir et les perdre très vite, L’Eglise, plus habile, a du moins le soin de situer son paradis à l’abri des constats.

L’anarchisme est une avant-garde, une volonté de vérité inconciliable avec quelque démagogie, quelque grégarisme que ce soit. Il oeuvre passionnément pour le paria considéré en tant que victime ; il est sans mépris, mais on volt clairement qu’il se nierait s’il recrutait, sans transition ni choix, une masse de parias sous l’emblème précis de l’anarchisme.

C’est dans des organisations latérales (syndicats, coopératives, groupements d’études et d’action sociale, etc.) que le libertaire doit concourir à ces rassemblements, voire les susciter et les animer pour y puiser ensuite des adhésions réfléchies.

Comprenons bien. Ce n’est ni leur origine sociale ni même leur culture (qu’ils acquerront d’eux-mêmes) qui distinguent les anarchistes. mais leur caractère.

V. — Comme tout homme, le penseur anarchiste se trompe. Le sachant, la libre controverse est sa loi, la constante remise en question des problèmes, sa méthode.
il est deux vices qui ruineraient l’anarchisme et que condamnent son éthique et eon esthétique : l’intransigeance dogmatique et son contraire, la pensée qui concède à la démagogie.

L’action

I. — L’anarchisme est essentiellement un concept de vie, une méthode de penser la vie, un moyen de la vivre, il recherche un climat social où il lui soit permis d’exister, même sî l’ensemble des hommes ne devait jamais parvenir à le réaliser en organisation collective. Cela explique et suffit à justifier l’action dans et sur le social.

Toutefois, l’action suppose une conviction et une constance. La doctrine qui la fonde doit donc épouser tous les aspects d’une réalité changeante et cependant se tenir sur une ligne permanente, situer ses mobiles dans l’immédiat sans perdre de vue l’avenir ; mais ce n’est que secondairement qu’elle tendra vers un possible futur et incertain afin que le militant soit sans déception.

A cet égard, les vues de l’esprit du XIXe siècle sont ruinées par la connaissance plus exacte que nous avons des hommes, des vices de leurs révolutions dont nous avons fait la décourageante expérience. De Proudhon à Kropotkine, ce qui subsiste de nos maîtres à penser l’anarchisme, ce sont leurs méthodes de recherche et leur liberté d’esprit, leurs profondes analyses de l’homme dans la société, non leurs constructions idéales. C’est leur être fidèle que de rectifier leurs conceptions dépassées.

II. — La condition première de la constance dans l’anarchisme, c’est d’être libertaire pour soi, sans ambition vulgaire, pour la satisfaction de se sentir llBre en pensée, de s’enrichir sans cesse de savoir et d’expérience. Cest de vivre avec sa morale à soi et pour soi, avec la fierté d’une autenômie délivrée des palinodies et des grimaces. C’est de vivre pour vivre, volontairement, lucidement, selon une philosophie cohérente qui vous permet d’être « l’un » sans avoir à se refuser aux autres.

La seconde condition — où l’action commence — c’est de disposer de foyers de rencontre, de publications per quoi s’échangent les idées et se satisfait la naturelle sociabilité.

III. — Sur ces bases solides (qui jettent plus d’un pont entre l’anarchisme communiste et l’anarchisme individualiste), l’action sociale s’axe d’elle-même comme par nécessité. Elle est commandée (quelles que soient les tendances et les nuances de doctrine) par la générosité qui est richesse puisqu’elle est faculté de donner. Elle incite celui qui sait à éveiller les pensées, à enseigner celui qui ignore ou qui sait moins. De là part une action éducative qui n’est jamais décevante parce qu’elle n’est jamais achevée.

L’action est ensuite commandée par l’obligation d’agir sur les masses et, par elles, sur les pouvoirs, afin d’empêcher les réactions du conservatisme social par quoi sont rétrécles nos facultés d’être et de nous manifester, afin aussi de provoquer les éclatements, à tout le moins de forcer les évolutions qui nous donnent du champ.
Il n’est pas de limite à cette activité qui, pour être utile à nous-mêmes, se trouve être utile à tous. Elle nous conduit à Intervenir au sein des organisations même conformières, avec le-. souci d’y susciter des comportements, d’y faire pénétrer des vues qui servent la libération de l’homme.

A l’intérieur des mouvements syndicalistes et révolutionnaires, qu’ils soient d’origine ti-bertaire ou simplement professionnels, c’est le même objectif qui oriente notre action. Il nous tiit rechercher les méthodes fédéralistes et décentralisatrices compatibles avec les conditions d’un problème donné, piéconiser la substitution progressive, en ce qui touche la production, l’administration ou la solidarité, des systèmes de gestion directe aux gestions fonctionnarisées, donner la priorité aux contrats librement élaborés sur les réglementations administratives. Il est mainte occasion de préférer, dans le présent, l’homme responsable, au contact de ses ressortissants, à ta fallacieuse garantie d’un service public désincarné, à l’automatisme d’une régio déshumanisée. C’est aussi le rôle des économistes libertaires de faire prévaloir, sur le plan des coordinations de la production et de la répartition, l’emploi de la science statistique pour pallier les méfaits des centralisations autoritaires.

Les tâches sont nombreuses et immédiates au libertaire qui consent à agir dans le relativisme du réel mouvant, à ne pas refuser le minimum provisoire dans l’attente d’un maximum théorique aléatoire, à ne pas se satisfaire d’un absolu doctrinal qui. en dernière analyse, s’est toujours révélé stérile.

Il est deux écueils où se peut perdre un libertaire : glisser de l’intelligente opportunité à un médiocre opportunisme, ou bien, pour s’en garder, se laisser enfermer dans un conformisme théorique qui détruit l’anarchisme en ce qu’il conduit au sectarisme, et qui détruit ie libertaire en ce qu’il le limite.

Je ne connais que deux garde-fous aux déviations et aux désabusements. C’est d’abord l’attachement gratuit à l’éthique libertaire, adoptée en conviction comme indispensable à la satisfaction de soi. C’est ensuite un tout petit point de vue, très terre à terre d’apparence et qui pourtant porte loin, à savoir qu’un homme vit aujourd’hui et non demain.

IV. — Une action conçue de la sorte n’échappe pas à de durs échecs, cela va de soi. Ses réussites probables ne seront que partielles et toujours à reprendre. N’est-ce pas la condition même de la vie ? Et nous savons, depuis le Taciturne qui n’était point libertaire, qu’il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer quand la voie où l’on est engagé est celle du seul choix où le soi se contente. Le croyant en un Dieu n’eut jamais besoin que son Eglise fût triomphante pour vivre de sa foi.

Au reste, il est des réussites que nous ne verrons guère et qui seront profondes à notre insu ; elles porteront leurs fruits dans le temps parce qu’un snarchisme ainsi fondé est une permanence II dure comme morale en chacun et cette durée assure sa portée. Critique à l’état pur et à l’intérieur des milieux opposants où il s’insinue, constructif par sa philosophie et son action sociale au moyen des groupements latéraux qu’il anime, il est redoutable aux pouvoirs, destructeur des préjugés, des grégarismes obtus, des conformismes asservis-sants. Il est une force.

Cette force n’est point toujours spectaculaire en ses effets continus, lesquels sont d’autre nature que les éclats politiques. C’est qu’elle est la force de la qualité des caractères et non la brutalité des masses enrégimentées. Mais il ne lui est pas interdit, bien au contraire, d’agir au sein des organisations de masses et de les perturber pour qu’y soit rendue difficile la politique autoritariste des meneurs et promues des solutions marquées de notre esprit.

L’anarchisme est et doit demeurer avant tout une haute éthique dont ne saurait se parer qui brigue à la fois les lauriers du démagogue. Tout militant devra, à quelque moment de sa vie, choisir d’être soi-quelqu’un ou lui-quelque-chose. Le mauvais choix n’importe qu’à celui qui le fait et purge le mouvement. « Mon » anarchisme ne dépend pas du choix d’autrui.

Organisation

Je pourrais arrêter ici l’exposé d’une conception qui n’a que l’intérêt d’un témoignage, en ce qu’elle m’a permis — individuellement — de durer malgré tant de-motifs de doute et d’abandon.
Cependant, j’ai trop l’habitude des débats pour ne pas savoir qu’une question subsidiaire ne manquerait pas, éventuellement, de m’être posée : « Cette conception, qui est individuelle, peut aussi bien convenir à d’autres camarades. En ce cas, comment en faire un mouvement coordonné ? » D’avance, je réponds donc à cette Question par une esquisse d organisation.

I. — Toute organisation anarchiste doit être telle que l’individu y conserve ses facultés d’initiative et d’activité personnelle ; qu’il n’y soit contraint à aucune action qui ne rencontre pas son libre assentiment, fût-il le seul opposant.

Il semble que, sur la base d’une philosophie commune, la règle dë cette association soit la libre discussion des problèmes actuels et que les conclusions de ces débats, transformées en programme d’action concernant le point discuté, n’engagent que ceux qui les ont acceptées. Mais le sens de l’efficacité, de la réciprocité, de la camaraderie et de la loyauté conduit les opposants, — sauf cas de conscience et quand il ne s’agit pas que de tactique o-i d’opportunité — à ne pas contrarier l’expérience de la majorité.

II. — L’organisation me parait devoir être constituée rationnellement par des groupes de base spécifiquement libertaires, assemblés par localité ou par quartier, sans que soit empêchée l’existence en un même lieu de plusieurs groupes d’affinités sous réserve que ce soient des objectifs particuliers qui les motivent et non, bien entendu, des divergences profondes de doctrine. Ces groupes devraient au reste se réunir à l’occasion de toute manifestation extérieure.

III. — Ces organisations spécifiques se proposeraient les tâches ci-après :

a) réunir les libertaires de même tendance er vue d’études intérieures des problèmes de l’homme et de la société ;

b) organiser pour un plaisir partagé des manifestations culturelles et des manifestations simplement distractives, dans un esprit libertaire exempt des vulgarités commerciales ;

c) cultiver et mettre en œuvre en toute circonstance un esprit rigoureux de réciprocité et de solidarité ;

d) s’employer, par réunions du groupe ou de groupes latéraux et par une propagande de bouche à oreille, au recrutement de camarades susceptibles de devenir libertaires ;

e) éduquer et former ces recrues ;

f) prendre l’initiative de la création d’organismes latéraux non spécifiquement libertaires (entre autres des groupements populaires d’éducation et d’action sociale) at choisir oour laur réalisation les camarades les plus aptes en raison de leurs qualités d’animateurs, d’éducateurs ou de propagandistes, agissant sous le contrôle constant du groupe ;

g) dans le même esprit et avec le même objet, engager ou aider les militants à pénétrer dans les milieux les plus divers pour y accomplir un travail d’Information et de décrassage sur le plan général des droits de la personne et de la défense des libertés par quoi s’élargit l’audience de notre philosophie.

Il va sans dire qu’en dehors du groupe, l’ac-tfvité d’un militant est libre, sous la réserve que cette activité soit sans ambiguïté et ne prétende pas se soustraire à la critique contradictoire mais cordiale des camarades.

IV. — Les groupes locaux assureraient entre eux une liaison par des fédérations régionales et par une fédération générale se proposant trois objets :

1 ) débattre en congrès des problèmes de l’action ;

2) coordonner cette action sur les plans régional, national et international, exactement dans le même esprit et les mêmes conditions que sur le plan local ;

3) designer les commissions responsables des publications et de la réalisation des décisions des congrès.
Chaque groupe mandaterait à ces congrès un ou plusieurs représentants de la majorité et de la minorité pour le représenter, mais tout militant pourrait intervenir aux débats à titre consultatif, le temps de parole étant réparti à égalité entre tous les opinants.

Les congrès régionaux ne s’occuperaient que des affaires régionales. Ce sont les groupes de bôse eux-mêmes qui seraient directement représentés au congrès général comme au congrès régional.
II semble qu’une telle organisation concilie le principe de la libre détermination de l’individu avec la coordination de forme fédérative.

L’action, ainsi axée selon le mode de l’association naturelle, me paraît n’avoir besoin d’autre règle que celle de la conscience soumise aux impératifs personnels qui caractérisent utilement, au regard de l’opinion publique, un libertaire authentique : camaraderie, objectivité, réciprocité et loyauté.

Charles-Auguste BONTEMPS.

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Max Nettlau, “Mutual Toleration versus Dictatorship” (1921)

MUTUAL TOLERATION VERSUS DICTATORSHIP.

When a great man dies, the King and the Government of that country usually try to bask a little in his glory by exhibiting their participation in the general grief, and so on. Kropotkin did not escape from this fate, the amazing dessous of which are exposed by the letter published in Freedom for April. Such a temporary armistice is always followed by a recrudescence of persecutions, and the letter of April 1 (Moscow) addressed to Lenin and all the lending committees in Russia by the Anarchist-Syndicalist publishing, organising, and propagandist bodies of Russia (published in Freedom last month) bears testimony of this in a pathetic way. In a subdued tone it merely exposes that publishing houses are closed, comrades arrested, ill-treated in prison, etc.; all this is done to the most moderate groups, evidently bent only on independent Syndicalist organisation and theoretical (or, as they express it, moral) propaganda of Anarchism. These groups doubtless share Kropotkin’s standpoint, expressed in all his letters, that Russia must be left alone by the capitalist powers abroad, and there is not the slightest indication either that violence in the interior against the Soviet institutions was ever exercised or planned by this section of the Russian Anarchist movement. They are therefore wantonly persecuted merely to hinder their peaceful propaganda, and the attention drawn to Anarchism by the death of Kropotkin is to be counterbalanced by such moves of the almighty Bolshevist Government and their tools.

Such miserable proceedings have, of course, nothing to do with Communism, and Tsarism and the great American Republic have done the same. The question, however, might be asked of sincere Communists whether Socialism, as they understand it, is at all times to be a unique cast-iron system which excommunicates in theory and crushes in practice any other conception of human relations, be it even Socialism of a slightly differing hue or free co-operation, this modest form which most Anarchism will take when the struggle is over, since Anarchists raise no pretension to govern or to impose their ideas from above. In short, after years of racial and nationalist struggle and butchering, after centuries of religious wars and the scramble for markets, after the culmination of all this in the present ruinous war and ruinous peace, do Socialists of the dictatorial type hold out nothing better to mankind than that this fighting, persecuting, oppressing, and brutalising is to continue; that when the capitalist is eliminated there will always be the Anarchist and the independent Syndicalist to be fought, reduced to silence or crushed, and after these all other heretics will be run down, the shibboleth now being not this or that religious trifle or nationalist pretension, but disbelief in Soviet-ordained Dictatorship and its representatives upon earth, commissioners and secret police and the like?

Such considerations are brushed aside by the stale remark that Dictatorship would only be temporary. History gives an abundance of examples that dictators only care how they cm make good for the temporary inconvenience they cause and then retire, does it riot? Cincinnatus is about the only proverbially eccentric dictator who acted in this way, but with Caesar the Roman Republic ended for good and the Empire began, and Empires still flourish in our days. And the Norman Conquest, that rather dictatorial solution of the English land question, still holds good, and landlords are not disposed to vanish. Nor is Capitalism, the dictatorship over industrial production, in the least inclined to abdicate. Religious dictatorship established during the first Christian centuries still exists at Rome and in ever so many Greek and Protestant centres, and none of these spiritual rulers will admit that his flock might get along alone after nearly two thousand years of ecclesiastical bureaucracy, priest-rule. After these lofty models the mentality of the Socialist upholders of dictatorship seems to be moulded.

People who are not under the spell of this spirit of domination, imperialist or capitalist, religious or Socialist, as might be the case, but who long to breathe the fresh, invigorating air of the spirit of revolt, look backward and forward to quite another series of historical examples and comrades in the present and coming struggles. Every progress evolved in small circles is hindered by the dictatorial routine of the day. Science is in every field based on the martyrdom of rebels who stood up against the dogmas imposed by the spiritual dictators of each period. Fortunately, such rebels always exist; they rescued mankind from slavery, feudalism, and priest-rule; they will liberate it from Capitalism and Nationalism, from Militarism, and, if needs be, from that curse of a near future, dictatorial Socialism.

We are not at all fanatical believers in the small, the infinitely small, and do not reject generalisations, large-scale measures, but we are guided in our selection exclusively by what each separate organism really seems to require, by the standard of right proportions. We observe in Nature that what is too big becomes unwieldy and nearly as powerless as what is too small. We see how all living organisms are doomed to decay and death if one part of the body overreaches the rest by hypertrophy or infection. In a sound organism all parts co-exist in perfect autonomy, not interfering with the remainder, and capable of repelling any interference from them. Unification means death, as in a body overrun by microbes or a field or a barn overrun by rats and mice. And selection, the formation of new types, works by differentiation.

From such considerations which are but alluded to here it is absurd to expect that men will ever submit willingly to a dictatorial regime. Obedience may be enforced as Capitalism, Militarism, and Bolshevism enforce it, by the stupid means of brute force; but mankind will no more abdicate and resign its spirit and intellect into the hands of Lenin and Marx than into those of any Emperor or Pope, military or capitalist leader. There must be resistance and revolt against such pretensions, and there will be.

No dictatorship ever remained unchallenged; sooner or later its brute power diminished, and it had to climb down—with the worst possible grace, but down it came. The Roman Empire went to pieces, the Church must no longer burn heretics, Capitalism is just holding its own against Labour and no longer its absolute master, and Bolshevist Dictatorship is also stronger on paper and in theory probably than in reality. It prefers to leave the peasants alone, it recognises foreign Capitalism, and it may any day compromise with other Russian Socialist parties and parade as a democracy. This means that tyranny is, as always, coupled with inefficiency and blindness, and digging its own grave.

Such a system can have no sympathy with free co-operation, and our comrades in Russia are in a very difficult position. They will not overthrow the prevailing system, because after all it is to a large extent based on the elimination, temporary at least, of private capitalism, and because they will not be masters, dictators in their turn. They do not wish to be degraded by tyrannising over helpless masses by the usual means and methods of government. I believe that all they really require is to be left alone, to work in their own way, but disposing of a proper share in the common stock of natural riches and means of production; for these were not created by the dictators in power, but by the work of Nature and past and present generations of men, and, once wrested from the capitalist monopoliser, should be at the disposal and in the hands of every section of anti-capitalist bona-fide producers.

There is some very old misunderstanding in this respect which ought to be cleared up at last. It is quite natural that each school of Socialists, believing in the superiority of its particular tenets, should wish to expand, and it is but human that it should think that its gospel should spread generally and the Social Revolution and new appropriation be made in its favour. Hence nearly all propose to do everything and only a few, co-operators and communitarian experimentalists, confine themselves to their own self-acquired means and self-accepted limits. Hence the Socialist movement became a race where the winner pockets everything and then locks out and scorns his former comrades. Dictatorship against Capitalism, then, is only a pretence to cover this monopolist lock-out of all other Socialist and Anarchist comrades, and this abominable selfishness leads to persecutions, to cruelty and murder of every description, to the murder of comrades by comrades, as in Russia, Hungary, and Germany these late years. And this pandemonium of brutality, inspired by the war, gives the capitalists new hope of discrediting and ruining Socialism for a long time to come, and they send out their White Guards and Fascisti, their Labour spies and other Black and-Tans; and Socialism to-day, where it is not undermined by mutual abuse, distrust, and other factors, is a shambles and almost physically at the mercy of capitalist cutthroats. It is impossible for me to imagine that it could be degraded still further, and I question whether this will not open the eyes of some and induce them to make a stand and try to improve matters.

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What might be the basis of such action?

I have not foreseen the present crisis, but I have felt for very many years that no single Socialist system can expect to be generalised—except possibly after a long period of free experimentation—and that therefore all systems must agree to co-exist, each within its natural sphere, under mutual toleration.

A special system can only be introduced and maintained by dictatorial force, which is bound to make it so odious that its possible advantages, which free experimentation would show, are not. properly appreciated. This is happening to the Soviet system, since it permitted adulteration by dictatorship. If those in power refuse to others the means of free experimentation, they act as usurpers of social wealth which should be accessible to all, and it matters little whether they withhold this wealth from others as capitalists or as “Socialists.” A unique economic system never existed; even Capitalism lived side by side with early Collectivist and feudal relics and new Co-operative and Socialist growths. Dictatorial Socialism would have to co-exist in any case with many other tendencies which, as latent enemies, would undermine and sap it. Would it not be better to give them elbow-room for friendly emulation?

This question was seldom discussed by Socialists, because the interests of propaganda always seemed to dictate the assertion that the particular movement alone was right, that all others were hopelessly wrong, and that giving way to toleration meant laxity and almost a betrayal of the cause. The very foundation of all co-operation was ignored by this sort of reasoning, for co-existence in friendly co-operation means not a loss but an increase of strength.

It is, therefore, not quite easy to retrace the history of the idea of mutual toleration within the Socialist and Anarchist movements, for most writers appear before the public but as zealous propagandists, eager to advance the cause in hand, and they leave toleration for private use at home in intimate reflections. Some are so ardent that to tolerate anything side by side with the truth they proclaim appears to them the worst of crimes. Some few only are coolheaded and see a bit further ahead.

In 1860, by the way, a forgotten Belgian author, De Puydt, not a Socialist himself, elaborated the whole idea in full, calling it Panarchie.

At the close of the eighties Communist Anarchism in Spain tried hard to supersede Collectivist Anarchism, and as a young movement was very intolerant. Comrade Tarrida del Marmol, then editor of the Barcelona Productor, said and wrote golden words on the necessary co-existence of both economic hypotheses believed in by various fractions of Spanish Anarchists. Tarrida then created the term “Anarchism sans phrases,” or “Anarchism without a label,” to which he always adhered.

About that time Malatesta, returning from South America, in the Appello of the “Associazione” (his paper, 1889) and elsewhere stood up for the friendly co-existence of both sections of Anarchists.

Little further was said on the subject, and readers of Freedom early in 1914 may perhaps remember my effort to bring about an understanding between Individualist and Communist Anarchists, an abortive effort crushed by an avalanche of protestations from both sides, each feeling perfectly comfortable in its isolation and exclusive belief to be in the right.

It was some little comfort to me when I saw Malatesta, in his articles in Umanita Nova (1920), uphold and proclaim this principle of co-existence and mutual toleration in relation to the Italian Anarchist and Communist parties. Malatesta was the first Anarchist who then was for a time confronted by this problem in an actual and urgent form. The Italian workers seemed disposed to overthrow the old order by a joint effort, and Anarchists, Communists, Revolutionary Socialists, and Syndicalists were all expected to do their best. Should, then, a single party—the Communists, for example—reap the fruits of a joint victory? Their dictatorial leanings were not averse to this. Malatesta told them plainly that the Anarchists were not willing to submit to this, and offered them friendly co-existence without interference from either side, on the common basis of a society without private capitalism. Circumstances prevented further development, but these words stand as a lasting expression of Anarchist thought: Co-operation with all in the struggle against Capitalismco existence with all anti-capitalist parties on the basis of mutual toleration, non-interference, and friendly behaviour. I trust that the proposed International Anarchist Congress in the coming autumn will further elaborate this point.

The question how in such cases the spheres of each group or movement shall be defined and circumscribed is a very serious one. This question would require careful consideration beforehand, preliminary studies, and yet permits no definite arrangements, since the real situation at a given moment cannot be foreseen. In any case, study and discussion are always useful, and may clear away many misunderstandings. The events from 1917 onward, as those of 1914, found so many Socialists entirely unprepared that ignorance and lack of quick understanding were at the bottom of many mistakes made by them. Everybody was trained only to grasp at everything for the benefit of his own party, and the comrade from whom he was divided by the slightest shade of opinion became in the twinkling of an eye the enemy who must be put down, exterminated if possible. All have therefore to gain by a proper discussion of these subjects on the basis of fair minded and friendly mutual understanding.

I venture to think that since friendly co-operation, or at least autonomous co existence, with Socialists of other opinions would be the purpose, every grasping party would soon be found out and its aims frustrated; all would be driven by their own interest to show at their best and (o do the best. Questions which cannot be settled can always be set aside, neutralised by common consent. It would be excellent it’ these neutral spheres had a large extension, for here would be some common ground where all should meet; and if rivalry and struggle must follow after all, some important domains would be saved from ruin. What is generally accepted to-day as to hospitals, monuments, art collections, &c, should be extended to predominance in capitals and large towns and other vantage positions which were created by Nature or are the work of past generations, and should never be controlled by single sections of public opinion. In this spirit the outlines and principal features of future co-existence of Socialist and Anarchist parties and groups might at least be discussed and the minds of people prepared for mutual goodwill.

Between Anarchists in Communist prisons as in Russia, Socialists done to death by Fascisti in Italy, Syndicalists murdered in Spain, all three shades of authoritarian Socialists killing each other in Germany, and so in, my idea or suggestion sadly lacks “blood and guts,” and I am well aware that this drawback does not recommend it. This cannot be helped, but plenty of blood may still flow, stakes may possibly be lighted, before it may be taken into consideration. Authority dies hard and is constantly finding a new refuge; dispossessed in its religious disguise, neatly found out under the capitalist mask, it found fresh shelter under the wings of Socialism of the dictatorial type, which is such a wonderful godsend to the bureaucracy, to all those who as a body form the State and are at the service of all who pay them.

This stage of human folly will also be overcome and the sphere of Authority reduced once more. Anarchists should make an open and bold stand now; their case was never better, Authority was never more discrediting itself. I am really glad that the Russian comrades have spoken up at last. Let all the world hear as much as possible about Anarchism; after all which happens we are sure to be always better understood by the disenchanted victims of this accursed system of society.

M. N.

May 29, 1921.


Max Nettlau, “Mutual Toleration versus Dictatorship,” Freedom (London) 35 no. 385 (July, 1921): 42-44.

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X.X.X. [Max Nettlau], “La libertad de la sociedad del mañana” (1936)

¿Sobre qué bases han de apoyarse las relaciones humanas en la sociedad futura para asegurar el máximo de libertad?

En apariencia se nos presenta una pregunta sencilla, pero en realidad de difícil contestación si ha de elevarse esta contestación por encima de fáciles generalizaciones. El máximo de libertad no puede fundarse más que sobre una libertad que exista antes de alcanzarse el máximo, una cantidad de libertad ya existente y operante, siendo imposible que graduemos hoy por anticipado tal o cual cantidad y tal o cual calidad de aquella libertad base de sustentación para alcanzar el máximo, como es también imposible que valoricemos por anticipado y podamos prever su existencia y ritmo cuando se dé el enorme impulso caudaloso hacia la libertad.

Como tengo repetido en las columnas de esta misma revista, a pesar de ser la libertad el principio creador y vivificador de todo, sólo se manifiesta de manera que podíamos llamar funcional en momentos de insurrección. Fuera de estos momentos, apenas alienta la libertad más que como contrabando, siendo acaparados casi siempre los frutos de la libertad por la autoridad, que los explota en beneficio propio. Las masas obtienen alguna libertad, pero muy indirectamente. La libertad íntegra no reside verdadera y excepcionalmente más que en ciertas naturalezas humanas que tienen excedente de vitalidad, vigor y generosidad, en hombres completos cuyo mundo interior les impulsa a intervenir en las luchas nuevas venciendo cualquier obstáculo que se oponga a los valores de creación y expansión. Aumentar el número de estos educadores sería la primera urgencia. Pero la eficacia de la obra depende de las masas entre las que aquellos educadores surgieron. Y las masas vacilan siempre porque la autoridad ofrece a sus ojos engaños y pocas dificultades, desdeñando la masa la bella ruta de la libertad porque esta ruta no deja de ser penosa como todo esfuerzo elevado.

Contemplemos hoy la ola de reivindicaciones sociales que se extiende sobre Francia, consiguiendo en pocos días lo que no se pudo conseguir en cuarenta años de intensa agitación sindicalista. Se nota un despertar general que se contempla con simpatía. ¿Qué camino lleva? Todo se orienta por la ruta de nuevas normas y nuevas estabilidades, poderes autoritarios por crear congruentes con nuevas dictaduras en potencia. A los dictadores débiles que andan a tientas seguirán los dictadores fuertes con objetivos determinados. Ya conocemos la evolución inversa, la marcha atrás que desemboca en hombres de puño cerrado adueñados de la totalidad del Poder : la tiranía de las ciudades griegas, el cesarismo romano, el despotismo de los Borgias en el Renacimiento, los dos imperios napoleónicos y las dictaduras que pululan por el mundo desde 1917.

Escuchemos la voz de Bakunin leyendo lo que escribió en París en abril de 1868: «…Igualdad sin libertad es malsana ficción elaborada por los picaros para engañar a los tontos. Igualdad sin libertad equivale a despotismo del Estado y el Estado despótico no podría vivir ni un día sin contar por lo menos con una clase explotadora y privilegiada s la burocracia… Nuestro gran Proudhon, el verdadero maestro de todos nosotros, dijo… que la alianza más desastrosa que podría darse sería la que reuniera socialismo y absolutismo, la que reuniera tendencias del pueblo hacia la emancipación económica y el bienestar con la dictadura y la concentración de los poderes todos, políticos y sociales, en el Estado. Que el porvenir nos libre, pues, de los favores del despotismo, pero que nos salve de las consecuencias desastrosas y embrutecedoras del socialismo autoritario, doctrinario o estatal. Seamos socialistas sin convertirnos en pueblo-rebaño. No busquemos la justicia integral, toda la justicia, política, económica y social, más que por el camino de la libertad. Nada que sea vital, nada que sea humano puede darse sin libertad, y el socialismo que la rechazara de sí o no la aceptara como único principio creador y fundamental nos llevaría en línea recta a la esclavitud y a la bestialidad…»

Estas palabras se publicaron en pleno Paris imperial hace 68 años, aunque se leen como si se escribieran hoy, porque resumen las tristes experiencias de una veintena de años aproximadamente. «Esclavitud y bestialidad» han llegado a ser realidades en nuestros días, realidades que nos amenazan a todos y tienen por arranque o iniciación el funesto socialismo autoritario : el socialismo ruso convertido en blanquista (dictatorial); la socialdemocracia, que se hizo colaboradora de la burguesía: un régimen brutalmente autoritario y mussoliniano que rechaza a la bella anarquía italiana iniciada por Pisacane y Bakunin, continuada por Malatesta. La Francia de Proudhon y de Eliseo Recias se inclina ante el comunismo de Moscú.

En estas condiciones resulta imposible prever hoy el origen del necesario movimiento liberal y humano. único capaz de conducirnos a una sociedad nueva que asegure el máximo de libertad. Las sociedades autoritarias dictatoriales que se insinúan o preparan no sienten la menor preocupación por asegurar no ya un máximo de libertad, sino ni siquiera un mínimo. Las masas se han contentado con este panorama lamentable durante los últimos veinte años, y si exceptuamos a España, sacrifican la libertad a la ambición de procurar o ejercer el Poder. Es un hecho lamentable que en vano trataríamos de atenuar, y por mucho que nos cueste hemos de confesar que exceptuando a los verdaderos anarquistas el socialismo no ha libertado, intelectual y éticamente, a las masas; por el contrario, las militarizó, las empapó de idolatría posesiva y avidez de conquista, esa avidez que sabe, lanzando una voz de mando, llevar miles de hombres desde Italia a Etiopía arrojándose todos ellos sobre este país y sus riquezas supuestas, exactamente igual que hace cuarenta años fué incitado el país británico a arrojarse sobre África del Sur con sus minas de oro y diamantes. Un Estado socialista que posee los instrumentos de producción y organiza al pueblo como ejército del trabajo para poner en marcha el socialismo estatal no hace cosa distinta y establece la esclavitud universal como se estableció en tiempo de los Faraones del antiguo Egipto. Las masas se contentan con este marasmo, pero los hombres libres son perseguidos de nuevo como lo fueron en los siglos negros todas las conciencias independientes.

Es evidente que ni siquiera invocando las más justas reivindicaciones económicas tiene derecho el socialismo a disminuir la libertad; no puede atri, buir a ella carácter de papel moiado y completamente inútil; no puede creer que la libertad es un artículo de luío o una invención burguesa como se dice en Rusia. Si una evolución determinada resulta negativa es porque no sobrepasa un nivel de libertad conseguido ya, no siendo evolución, sino retroceso, reacción. La dictadura es siempre una y siempre la misma, porque su característica esencial consiste en cerar la fuente del progreso que es la libertad. Esta libertad, tan menospreciada hoy, que se quiere eliminar, es la libertad de conciencia y de opinión; la libertad para la buena vecindad y para la convivencia; la libertad de vivir y de emplear las libertades que se tienen por autonomía; la libertad del experimento libre, de la propaganda ilimitada; la expansión de las organizaciones variadas y múltiples sin unificarse y sin acribillar a tiros a sus adversarios. Todas estas libertades se usaron en el siglo XIX en plena era burguesa, aunque lo mismo entonces que hoy se empleó la receta autoritaria sirviéndose sus parciales de la libertad, sin la cual hay que permanecer callado como un muerto o hacerse lacayo de un partido, de una fuerza organizada que espía perpetuamente la oportunidad de hacerse con una presa arrojándose sobre ella en son de conquista. Nosotros sabemos lo que es libertad, tenemos amor por ella y no queremos perderla ni siquiera obedeciendo a sofismas económicos o igualitarios, como no la sacrificamos obedeciendo a clérigos ni a fascistas, sino que la afirmamos y acreditamos.

El socialismo no libertario es para nosotros una desbandada, un retroceso que puede aprovechar como heredero un sistema fascista o peor si cabe. Hacer que comprendan esta verdad nuestros contemporáneos es el deber que nos incumbe de momento antes de que sea tarde. Las relaciones humOñas habrán de basarse en primer término sobre las libertades que conocemos ya para alcanzar gradual’ mente un nivel más alto de libertad.

Con el término gradualmente no quiero identificar etapas intermedias, estabilizadas y obligatorias, sino que pienso en las desigualdades naturales y en las condiciones, naturales también, más o menos favorables de los hechos decisivos para producir siempre y en cada caso grados distintos de crecimiento y eficacia, grados y ritmos distintos, que refutan por sí mismos permanentemente el sofisma de la unificación artificial, instituido por los autores de sistemas legislativos reforzados por los subalternos de gobernantes y dictadores.

Es preciso querer ser libre y saber ser libre; es preciso no creer tan sólo que la libertad es posible, sino creer también que es la base misma, el juridamento de cualquier expansión, de cualquier desarrollo sano y normal. Es necesario reunir estas cuatro cualidades en la propia intimidad y suscitarlas en quien no las posea o posea solo alguna de ellas. Es preciso salir hoy al paso de quienes en nombre de cualquier dogma de sociología como ayer en nombre de cualquier dogma religioso, niegan la libertad, dicen que es ésta imposible y que hará falta siempre tener autoridad, como antaño se decía que era imposible vivir sin rey y sin divinidad o divinidades. Saber ser libre es difícil para todos. Nadie demostró como Tolstoi que hay que empezar por superarnos nosotros mismos. La enseñanza y la cultura demuestran el papel de la libertad en la Historia y son de primera importancia para todos.

Ascender hacia mayor número de libertades, a una libertad más intensa, ha de ser obra de la solidaridad, obra que tendrá realización en formas perfeccionadas de futuro que no podemos prever hoy. Todo será captado y asimilado gracias a condiciones nuevas, con el criterio de que ya hoy puede hacerse mucho más de lo que se hace, si se quiere que la progresión sea completa mañana. La solidaridad organizada es a menudo puramente nominal. Hemos leído estos días que el número de adherentes de la C. G. T. francesa ha pasado ahora desde un millón a dos millones y medio. ¿Dónde estaban tantos recién llegados de repente ahora antes de estas semanas culminantes de éxito imprevisto? ¿Dónde estarán cuando pase cierto tiempo, sobre todo si es tiempo de prueba? Todo está por hacer porque todo procede de la solidaridad efímera que sigue al éxito material y no se pasa a la solidaridad íntima, que no supone nada ni cuenta para los apreiurados. Aunque existe hace tiempo en las pequeñas agrupaciones empezando por la familia bien unida, en gran escala carece de realidad. Por ello puede considerarse ociosa la controversia sobre los méritos relativos del comunismo, de la retribución colectivista y del intercambio mutualista igual. Estos métodos y sus combinaciones intermedias o mixtas se emplearán siempre según los grados de solidaridad existente entre los participantes, de la misma manera que igual ayer que hoy varía el grado de confianza y crédito que se tiene de distintas personas. Un sistema determinado no podrá emplearse universalmente hasta que la experiencia compruebe que los perjuicios del mismo y las pérdidas anejas a su uso por mala aplicación y abuso de confianza son tan insignificantes que pueden desdeñarse si se comparan con los beneficios que reportan. Sabemos también que cualquier sistema económico de distribución libre depende en primer lugar de la abundancia, ya que sólo ésta permite en realidad un consumo verdaderamente ilimitado. Y todavía habría necesidad de entenderse y ponerse de acuerdo sobre los artículos susceptibles de producirse en abundancia, cosa perfectamente hacedera cuando todos sean o hayan aprendido a ser desinteresados. Si estas coyunturas y buenas posibilidades se ven interrumpidas por resoluciones autoritarias o bien por mayorías o consejos técnicos, de estadística, etc., se volverá rápidamente a un nuevo sistema autoritario.

Así, pues, la solidaridad habría de empezar por ser efectiva y consolidarse en los pequeños medios autónomos, propagándose desde aquellos círculos gradualmente — empleo este término en el sentido indicado en un pasaje anterior — hacia esferas distantes. Lo contrario conduciría a un Estado nuevo. El respeto a las distintas autonomías sería una garantía positiva para difundir y desarrollar integralmente cada solidaridad local. Las autonomías serían federales sin impulsar ningún estacionamiento, ninguna estabilización. Habría que interpretar en el mismo grado el derecho a permanecer autónomo un núcleo determinado, así como el derecho libre de secesión o separación. En resumen, estas actividades habrían de desarrollarse como los episodios que se dan en la vida de relación entre amigos que están en condiciones parecidas de existencia y se separan o unen según voluntad mutua y espontánea, sin que intervenga nunca la supervisión ajena o el control de ninguna autoridad, sin que se dé el caso de crítica adversa ni sanción. Para conseguir este resultado es evidente que precisa arrojar por la borda a los políticos. Están acostumbrados a entrometerse en asuntos ajenos que no les importan en absoluto, y de la misma manera que se elimina severamente de nuestra vida privada a los intrigantes cuando se inmiscuyen en ella, así se eliminará en la vida nueva a los políticos. No habrá entonces vida política en el sentido que hoy se da al vaivén político de los entrometidos; habrá tan sólo intenso intercambio de relaciones desinteresadas entre seres independientes hasta el punto de no tolerar ningún entrometimiento en la vida propia y en la relación de unos con otros, aunque se disfrace aquel entrometimiento con palabras insinuantes, sofismas y pretextos especiosos. Si se empieza por preconizar delegaciones, comisiones y comités se acaba en el Estado y en la dictadura. Las derivaciones autoritarias no pueden evitarse más que empezando por actuar directamente los pequeños núcleos por sí mismos, sabiendo éstos extender la relación a seres que viven en otras latitudes y son merecedores de confianza por afinidad de conciencia y desenvolvimiento.

Convendría, en consecuencia, desentenderse después de la revolución, y lo antes posible, de los organismos que atienden a las luchas presentes, organismos cuya razón de ser caducará al derrumbarse el régimen actual, como caduca la actividad militar al terminar la guerra. Si se conserva el ejército después de la paz, evidentemente se prepara. otra guerra, y así es como la guerra no se proscribe nunca de raíz. Si después de triunfar un movimiento revolucionario no sienten sus protagonistas todos el deseo vehemente de crear valores de futuro y el impulso certero de romper todas las viejas cadenas ; si sólo son capaces de permanecer arrumbados en los clásicos sindicatos como inscritos en sus cuadros, lo hecho no será una revolución libertaria, sino un cambio de nombre en el régimen imperante por turno. En el nuevo régimen se dirá que los hombres no son gobernados sino adminis^ irados. En realidad serán más gobernados que hoy, puesto que el Estado administrador pesará sobre ellos con más rigor que el Estado capitalista de hoy. Lo que se requiere es valor y conciencia para no creer en la continuidad necesaria de estas instituciones artificiosas” La tarea de la hora y la sucesiva para acreditar una sociedad nueva son tareas muy disrintas.

La continuidad que exige la sociedad futura con respecto a la presente es una continuidad de produC’ ción y distribución. Nada más. Así como en la convivencia nueva no habrá lugar para las instituciones capitalistas, tampoco podrá haberla para las anticapitalistas. Tan sólo el aparato técnico, el utillaje y las instituciones neutras continuarán funcionando. Cuanto menos se altere la complejidad presente mejor funcionará la convivencia nueva, que no tendrá que empezar a manifestarse con privaciones, restricciones, racionamiento y dosificación de alimentos, maneras de imponer la dieta y el hambre. Estos estragos habrán de ser evitados a toda costa, puesto que la opinión que engendran es desfavorable, provocando la constitución de conglomerados autoritarios, los comités llamados de salvación pública, la supuesta regularidad y efectiva centralización de la vida, los depósitos o almacenes públicos y la dictadura económica. Será preciso, por el contrario, que la vida pública permanezca varia» da, lo más fácil y abundante posible, atractiva y agradable, cosa hacedera si se cancela pira siempre el temor a la escasez. Este temor se deriva de la impresión, indeleble aún, de los estragos del hambre en Rusia en los años inmediatamente posteriores a 1917. La guerra había agotado a Rusia; por otra parte, se daba la incompetencia de los nuevos gobernantes bolcheviques, el atraso del extenso país ruso y la hostilidad del capitalismo mundial. Se produjo a consecuencia de tantos y tan desfavorables factores tal anormalidad en’el sistema industrial que bien puede calificarse de inaudito. De aquellos hechos se deriva el pesimismo actual, tan preocupado con juntas, comités, planes y consejos; ese pesimismo que se propone programas reconstructivos a base de técnica y estadística para empezar a vivir de nuevo.

Los anarquistas pecaron antaño por el extremo opuesto. Creyeron que la abundancia acumulativa de productos seria fácil de conseguir y que el comunismo libre podría consolidarse sin preocupaciones por largo espacio de tiempo. Opinión errónea, porque lo que quiere el Capitalismo es que se produzca poco a fin de vender a precio alto. No es partidario el capitalismo de acumular sin vender; más bien considera esta última acumulación estacionada como la más grave de las crisis. Podemos decir que tanto la abundancia como la escasez, tanto las excelencias de Jauja como las penurias inevitables y fatales son leyendas. Lo cierto es que existen primeras materias en cantidad que sobrepasa la de las necesidades normales, que se cuenta con un utillaje de enorme potencial y mecanismo perfecto, además de haber un excedente de brazos por ocupar y multitudes enormes inocupadas. Ojnvendría, pues, que se procurara la continuidad productora después del hecho revolucionario para evitar el autoritarismo que supone la organización de la dieta pública. Los verdaderos órganos de producción son los que saben producir hoy y sabrán hacerlo mañana, los hombres del taller y de la fábrica, los campesinos y transportistas. Evidentemente los sindicatos no tienen nada que hacer con la producción técnica y crearían un estado de desorden sin intervinieran en su control una vez desaparecida la burguesía, puesto que se produciría ya desde un principio guerra civil y dictadura. Aquí o allá habría dictadura sindical ; en otro lugar se lucharía en pro de la autonomía de los productores o se invocaría la necesidad de atender primordialmente a la economía de los Municipios. Estos factores locales llegarían a entrar en colisión unos con otros y también todos ellos con sus distintas y complicadas ramificaciones, nacionales e internacionales, multiplicándose las dficultades de relación y tránsito con núcleos alejados productores de primeras materias y consumidores de artículos elaborados sobrantes. En fin, habría luchas apasionadas, y como en el curso de estas luchas no faltarían los vencedores, se impondrían al fin los cotizadores de la victoria estableciendo la dictadura.

Tan sólo una verdadera y efectiva humanización de las relaciones intersociales puede prevenir y evitar estos inconvenientes. Tal humanización únicamente puede hacerse desde lo reducido a la proporción grande, desde abajo hacia arriba — como decía Bakunin — contando con la favorable coyuntura de buenas condiciones locales, sin verse paralizada la acción progresiva por ninguna clase de autoridad, antigua o nueva, aunque se tratara de los sindicatos más activos y de sus funcionarios más probos. El hombre a quien se coloca en una situación cualquiera será siempre instrumento; lo será por pasividad y rutina o por ambición y afán de dominio. Sólo el hombre que actúa por sí mismo, el capaz de esfuerzo solidario directo puede dar de sí lo que es. Hombres así lo serán los que iriauguren la vida nueva, tratando de que se viva en ella con un máximo de libertad si no se invalida antes su tarea imponiéndoles organismos caducos y esas determinaciones llamadas transitorias que son, en realidad, con sus normas y restricciones, prolegómenos de dictadura.

Se puede luchar ya inmediatamente, desde hoy mismo, en pro de las ideas y de la causa, valores eternos, y no en nombre de organismos necesariamente transitorios. Seamos los hombres del comunismo libertario, no los patriotas de tal o cual organización. Una organización determinada no puede hacer más que establecer su propia dictadura — lo cual sería fatal — o bien declarar que se extingue al triunfar — lo que significa una generosa abdicación. No todos los componentes de aquella organización serían tal vez capaces de abdicar generosamente, sobreviniendo disensiones, escisiones y descontento, sobre todo cuando el patriotismo orgánico de los amigos estuviera caldeado y encrespado. Si puede realizarse y ser efectiva la sociedad libre tendrá origen en la expansión de las ideas del comunismo libertario; no tendrá origen en la acción o en el prestigio de la organización obrera, que por esencia es una corporación de resistencia del trabajo contra el capital, no una agrupación a base de ideas. Si la sociedad nueva ha de ser viable sabrá crear valores nuevos sin necesidad de lazos orgánicos con el pasado.

No carece de importancia el tema y merece que lo aireemos puesto que sin ejercer la libertad todo podría caer en manos de una nueva burocracia y ésta es siempre dictatorial, velada o abiertamente. Al parecer sólo se quiere proceder hoy mediante escalas jerarquizadas de los organismos, como si el hombre en sí y por sí no significara nada y fuera tan sólo un ente aislado, más bien molesto que útil. Toda la sensatez del universo aparece concentrada en unos cuantos cerebros organizadores. Este espectáculo es en realidad un reflejo de la política burguesa, pues sabido es que en ésta todo ocurre entre unos cuantos prohombres. La misera plebs está tutelada por ellos. Podrá servir esta absorción para sostener la gerencia del mundo burgués con su movimiento de negocio y especulación; podrá servir a los planes de socialistas y comunistas gubernamentales, pero a los libertarios no nos convence. Si quieren los hdmbres libertarios que renazca verdaderamente la libertad y que se realice el ideal libertario, habrá que reanudar la modesta pero efec tiva y eficaz tarea de la propaganda directa de las ideas.

Estas ideas, las libertarias, a pesar de la propaganda sonora y escrita, son conocidas insuficientemente por el pueblo y a menudo presentadas a éste en versiones apodícticas, doctrinarias, sectarias, exclusivistas. Por lo que respecta a España, los amplios conceptos del comunismo libertario dan a las ideas una expresión excelente. Por doquier sufrieron los inconvenientes de la rutina y se vieron también deformadas por infiltraciones autoritarias o reformistas por lamentables desviaciones y limitaciones. Las ideas libertarias aparecen hoy a nuestra vista más vivas y vigorosas que nunca, y la falta de intérpretes excepcionales — como tuvieron otras veces — no las apoquece absolutamente en nada.

Contesto a la pregunta inicial de este trabajo diciendo que la sociedad futura realizadora de un máximo de libertad, me parece que ha de ser diferente del organismo semisindicalista semicomunista libertario que asocia hoy meritorios esfuerzos. Si sobrevive el sindicato a la revolución, el comunismo libertario se desenvolverá con dificultad. Si el comunismo libertario invalida al sindicato no tendrá razón de ser el sindicalismo y sin embargo, es probable que no se resigne a desaparecer por completo. Amalgamar el sindicalismo con el comunismo libertario es un artificio y este artificio exigiría autoridad para sostenerse y ser estable. Ahora bien, la mayor estabiiiij^v. no haría sino prolongar la lucha y el fomento de las dictaduras. Que los sindicalistas se entreguen a las batallas de hoy, ya que les queda mucho terreno que ganar. En Francia luchan con ardor. Que den apoyo individual en favor directo del comunismo libertario y que renuncien a ser el sector preponderante en la sociedad futura. Los que preparan el comunismo libertario, que den vida a los ideales de autonomía, solidaridad generosa, federación libre y secesión igualmente libre; actividad individual sin mediadores, progreso incesante y diferenciado según condiciones de cada caso, experiencia libre, variedad y atractivo en la sociabilidad como en la economía empezando siempre y en todo por nosotros y desde ahora mismo, fuera de las cuestiones orgánicas que están en plano ajeno a vida y trabajo. Por estas rutas creo que se caminará hacia un máximo de libertad. Por las opuestas sólo se podrá desembocar en una algarabía de luchas intestinas y en una dictadura.

No se pierda nunca de vista la espinosa y fatal cuestión del totalismo. Entusiastas de nuestro ideario, somos de cierta manera totalistas porque rechazamos la opinión adversa y creemos en el triunfo exclusivo de la propia. Como tengo ya dicho, una íi ciega, rencorosa, seguida de intolerancia truculenta, inspiró siempre a los sectarios religiosos, tanto cristianos, hebreos y paganos como católicos y protestantes. Las persecuciones no pudieron acabar con tanta hostilidad productora de guerras, fanatismo, inquisición y represión jesuítica en países ensangrentados, mentalmente deficientes o rezagados; tampoco las guerras invalidaron el fanatismo religioso sino que lo avivaron; no pudieron suprimir el fanatismo las ciencias ni el librepensamiento ni tampoco sirvió la prueba de falsedad e irrealidad que se repitió con respecto a la religión. No cedió la lucha fanática; pero cuando el siglo xvill cortó las alas al fanatismo y el XIX lo redujo al silencio se produjo — al menos exteriormente — un cierto ambiente de convivencia entre los creyentes, quedando la religión en muchos territorios como entidad inofensiva o estéril y privada de medios violentos para eliminar al adversario. Esta convivencia — al menos formal — entre los creyentes de distinta etiqueta religiosa ¿se da en el sector socialista? No. Los socialistas son totalitarios en Rusia y profesaron a todas horas el exclusivismo marxista. Cuando anarquistas y sindicalistas invitan a aquellos marxistas a la convivencia, nunca se ven correspondidos con una contestación clara y neta, sino que se ven frecuentemente acribillados a balazos. No creo en una cooperación entre autoritarios y libertarios que no sea desastrosa para estos últimos; pero creo también que el mundo es suficientemente grande y capaz para todos y que sería más juicioso evitar los encontronazos en vez de pelear perpetuamente.

Es tan buena nuestra causa que me asombra no verla presentada más frecuentemente con toda su efectiva belleza ante el pobre mundo aterido. No sabemos qué clase de tesoro poseemos con nuestras ideas y dejamos que se confundan con oropel, dejamos que se mezclen con cosas ajenas a ellas. Por ello las contempla el mundo muy de tarde en tarde en su aspecto integral, quedando eclipsado su atractivo para una mayoría inmensa de seres que se debaten entre miserias y constituyen la sociedad presente. No preconizamos una ideología abstracta sino que profesamos las generosas ideas más en relación con las realidades de la vida, triste vida que los demás sacrifican a la avidez concupiscente y a la sed de dominio o bien a la esterilidad doctrinaria que siempre va hacia atrás en beneficio de la reacción.

Para llegar a un máximo de libertad es indispensable hacer el mejor uso posible del mínimo existente, digno de que lo fomentemos con el más exquisito celo. De lo contrario, estamos en trance de perder el mínimo de libertad disponible para caer en el capitalismo feroz, en el socialismo autoritario o en el fascismo. Cualquiera de estos sistemas imperantes nos llevará más pronto que tarde, como dice Bakunin, «en línea recta a la esclavitud y a la bestialidad».

X. X. X.

(Trad. de F. Aláiz.-)


X. X. X., “La libertad de la sociedad del mañana” La Revista Blanca 14 no. 387 (July 15, 1936): 74-78.

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X.X.X [Max Nettlau], “El reino fatal de la abstracción, una de las fuentes de la autoridad” (1936)

El primer despertar del pensamiento humano condujo a la generalización y desde ésta a las abstracciones simplistas. Se observa lo que hay común entre un objeto y otro, haciéndose entonces una regla. Poco a poco va construyéndose el ente abstracto que posee las cualidades atribuidas a distintos objetos y seres. Lo que no coincida con este conjunto de cualidades regulares es una excepción y está mal visto, por lo cual se critica hasta que entre en lo que se considera normalidad. Y ocurre que siendo la diversidad lo único que real y positivamente constituye la realidad, el fenómeno que es el producto de la vida misma no se respeta y pasa a segundo término, siendo constantemente reprimida aquella diversidad para someterla a una tendencia unificadora. Ya estamos, pues, en uno de los orígenes de la mentalidad autoritaria. Del ente abstracto que tiene todas las buenas cualidades y las virtudes todas no se tarda en hacer un fetiche divino por ensanchamiento de aquellas cualidades poseídas hasta un extremo infinito de sublimidad. De ahí que se considere la vida real como una serie de equivocaciones, divagaciones, excepciones y diversidades que necesitan una autoridad que obligue a transitar sólo por el camino de las reglas y de las leyes. Para la religión, el hombre es el pecador inveterado; para la ley, el criminal en potencia, sospechoso siempre; para la Administración, el contribuyente que trata de no pagar impuestos o el temerario que se atreve a criticar a los gobernantes. Es indudable que la autoridad tiene otras fuentes, pero la abstracción es una de las más insidiosas, porque vició la vida intelectual y moral de los seres humanos en grado sumo, a la vez que sirvió para justificar las más directas y brutales violencias inquisitivas. El individuo, la vida misma son valores eternamente sospechosos y reprimidos, sacrificados al fetiche de la abstracción.

Quien aprende mecánicamente un idioma se congratula de que haya reglas generales y maldice las excepciones. Quien estudia la verdadera estructura de un idioma con todo lo que puede reconstituir respecto a su origen y a su pasado, queda fascinado por las excepciones porque atestiguan estas una vitalidad de belleza precisamente en la diversidad que sobrevive y se revela en las excepciones mientras que el resto, lo comprendido en la regla general, quedó aplastado, igualado por pesada rutina y analogías a menudo dudosas, por una masa de regularización secundaria y uniformada al carecer de vida propia. Este proceso degenerativo se da también y puede estudiarse en el hombre. Los espíritus autoritarios quieren que los hombres se adapten casi generalmente a las mil normas de la conducta considerada como normal. Los espíritus emancipados de estos prejuicios saben que el progreso se debe precisamente a las excepciones, que son lo vital, no a las masas de víctimas que están interpoladas en la rutina y carecen de vida propia.

El progreso se cumple en tres etapas. Tiene origen en la actividad de ciertos seres que laboran en unas condiciones lo más favorablemente posibles, consiguiendo producir valores nuevos; estos valores nuevos, estas creaciones, se propagan, gracias a su fuerza inherente y a su utilidad social, sobre un número elevado de hombres venciendo los obstáculos que se presentan. Hasta aquí, las dos etapas primeras. La transición desde la segunda a la tercera etapa, choca también con dificultades y obstáculos; pero el progreso no logra realizarse en su forma más perfecta sino cuando es diferenciado, adaptado a las necesidades individuales y locales de los hombres en su misma vida íntima y directa. Esta es la tercera etapa. La transición entre la segunda y la tercera etapa presenta también grandes obstáculos sobre todo cuando en la segunda etapa se reviste una idea progresiva de formas abstractas según el error autoritario. Sumida la idea avanzada en formas abstractas, no halla ya la manera de caminar hacia la vida real, hacia las diversidades, las únicas que permiten vivir una vida real. Tal es el caso, en mi opinión, de la idea socialista.

La idea socialista debe su origen a las mejores iniciativas — innumerables — de todas las edades ; iniciativas que trataban de acabar con el régimen de opresión, explotación, violencia intelectual y moral que reinaba por doquier. De las ideas propuestas cristalizaron inevitablemente las más viables, quedando como aspiraciones, esperanzas y reivindicaciones de las masas populares, de los pensadores y de los rebeldes en buen número de países. Pero esta selección natural quedó interrumpida por los fanáticos de la abstracción, por los elaboradores de sistemas. Uno de estos elaboradores — Marx — produjo obras maestras de abstracción doctrinaria, construyendo un socialismo que no puede realizarse más que empleando un máximum de coacción y una autoridad universal, capaz de ubicuidad. Esta teoría fascinó a muchos hombres, sin abandonar su sectaria característica de religión. Esta no puede imponerse tampoco sino mediante una ralea eterna de clérigos, que velan siempre sobre los pueblos cuando no comprenden éstos las abstracciones religiosas. De la misma manera el marxismo tendría al pueblo en eterna tutela con los burócratas que en realidad serían gobernantes en nombre de una abstracta divinidad: el Estado socialista. Este es una ficción, como lo es igualmente la divinidad abstracta en nombre da la cual los clérigos se hacen mantener por el pueblo. En religión no hay más que un pretendido ser que posee todas las buenas cualidades concentradas en la divinidad. A esto corresponde en el marxismo el Estado o la Administración, concluyéndose que todos han de servir a una ficción como el Estado y la burocracia, de la misma manera que se servía a la divinidad. Las religiones se apoyan en lo que llaman pobres de espíritu, en los creyentes y obedientes. El marxismo se apoya sobre las mismas categorías de disciplinados y electores. El éxito del socialismo descansa en el mínimo esfuerzo individual de inteligencia y rebeldía que requiere. Sólo quiere que se espere cierta misteriosa evolución que ya entrevió Marx y otros calificados profetas. Llegará o acontecerá esto o lo otro si acaso no acontece otra cosa…

Es evidente que en la beatitud del creyente marxista y también en la rutina de su casta dirigente no hay camino de vida real en los distintos países. Antaño hubo socialdemocracia y hoy hay comunismo. Tanto éste como aquélla tratan de imponer formas idénticas de evolución; en la práctica, sistemas idénticos de la propia dominación, por lo que respecta a regiones diferenciadas del mundo, un esfuerzo que con la dictadura más cruel puede ser sostenido todavía en Rusia, sin que haya podido prevalecer en ningún otro país. Ningún país permite jamás que se le imponga todo un sistema a menos de que .’e trate de un país vencido a merced del conquistador y con imposición de aquel sistema contra la voluntad de la víctima como yugo de una dictadura extranjera.

Aprendamos por nosotros mismos y si alguien duda convénzase por la experiencia que salta a la vista de que en el terreno anarquista como en el sindicalista no puede dejar de ocurrir lo mismo: una. abstracción no encuentra el camino de la vida real. La abstracción no es vital por sí misma y por consiguiente ¿cómo ha de tener realización en la vida? Estábamos en plena abstracción anarquista totalitaria. Para unos, no había salvación fuera del intercambio legal, del mutualismo; para otros, estaba la salvación en el colectivismo y para otros en el comunismo. El buen sentido prevaleció en nuestros medios al referirse los camaradas de otro tiempo a la anarquía sin adjetivos, a secas, lo que llamaba Malatesta el anarquismo socialista y hoy se llama comunismo libertario, no sectario, el que acepta todas las ordenaciones económicas libremente consentidas y permanentes en la esfera de la solidaridad. Hemos sabido ver el camino de la abstracción unilateral a la luz variada de los fenómenos vitales y lo veremos siempre porque tenemos respeto y amor a la libertad y nos horroriza la uniformidad en nombre de la abstracción. Y podrá superarse la ilusión de la ideología sindicalista cuando después de la expropiación se conozca la verdadera esencia del trabajo libre. En todos los siglos, investigadores y sabios conocieron el placer exquisto de trabajar por difícil y penoso que fuera el trabajo cuando éste se aplicaba libremente para conseguir un buen objetivo. De un espíritu semejante estarán penetrados los trabajadores libres olvidando los cuadros sindicales de igual manera que un hombre hecho y derecho no se sienta ya en los bancos de la escuela.

Tenemos, pues, que cumplir la eminente labor de aprender a conducir todas nuestras aspiraciones desde la esfera de la abstracción a la vida real; y hemos de hacer honor a la tarea no menos importante de demostrar al mundo entero que es indispensable seguir en todo vías paralelas para ir desde la abstracción a la realidad, renunciando a imponer ficciones abstractas como se impone un yugo. Sin esta claridad de propósitos las aspiraciones del pueblo se confunden en el fango del fanatismo y al ser impuestas por la dictadura se transforman en odiosas vejaciones. Lo que había de producir alivio, libertad, alegría, felicidad, impone la desesperación, sentimiento de vivir más que nunca en estado de esclavitud, tristeza y desdicha. Los hombres libres ven a los dictadores comunistas con el horror que ven a los dictadores fascistas. Si la humanidad no se libra de esta pesadilla nos asfixiaremos. Tanto va reduciéndose paulatinamente el aire respirable.

Acostumbrémonos a pensar que todas las realizaciones, lo mismo libertarias que otras, diferirán de programas, teorías, planes y previsiones. Adaptadas a individuos, ambientes, localidades y condiciones generales, todas tan varias, tomarán formas distintas como la vida misma, de la cual serán parte integrante. La propia Naturaleza nos da ejemplo. Sería absurdo esperar que lo que es ley natural universal no entrará en actividad para intervenir en los cambios sociales de un porvenir más o menos próximo.

Los animales y las plantas, incluso los minerales, tienen innumerables variedades regionales y locales. Lo mismo los hombres. Se diferencian ya por las lenguas, cuya literatura resulta accesible por medio de aquéllas, si bien refleja ante todo el temperamento local, el ritmo local. Ni la cultura internacional, ni las máquinas, ni las aplicaciones técnicas, ni las costumbres internacionales pueden neutralizar las diferencias en cuestión. Examinado este problema atentamente se ve que incluso en las cosas más internacionales se echa de ver por doquier la influencia local. Sobre este terreno el internacionalismo es también una abstracción irreal. Su verdadera interpretación reconoce, tolera y respeta las diversidades mientras que el nacionalismo las odia instintivamente y trata de combatirlas a la vez que aspira a extenderse valiéndose de la conquista. Un socialismo autoritario totalitario no sería menos agresivo, no haría más que perpetuar las guerras puesto que no reconocería ni respetaría las autonomías locales. El comunismo ruso no ha hecho más que seguir esta doctrina de exclusivismo puesto que en los demás países declaró su propósito de invadirlos para implantar la propia dictadura.

Interpretado con propiedad el internacionalismo contiene todo lo que deseamos pero ¡qué pocos actúan en un sentido acorde con esta interpretación! Si se siguieran las inspiraciones internacionalistas la vida se desarrollaría con agrado en uno y otro sector territorial, se respetarían las autonomías locales y se multiplicarían las relaciones más varias a base de las costumbres de unos y otros. Se elegirían las relaciones de los más próximos en ideas. Con el mismo derecho se atendería a la relación con finalidad de eficacia o con otra finalidad distinta. Con estas bases de convivencia la vida local y las relaciones internacionales florecerían paralelamente, produciéndose nuevas diferenciaciones y nuevas asimilaciones.

Creo que convendría repetir estos enunciados con más voz y con más frecuencia. Hay excesivo orgullo en nuestros movimientos, lo que depende de la herencia autoritaria, ya que el sentimiento de superioridad y la agresividad llevada hasta el totalismo son próximos parientes. El hombre verdaderamente sensato que capta una verdad se regocija, pero no se enorgullece. Sabe que sus investigaciones no tienen fin, que precisa continuarlas, que tal vez una experiencia nueva eche por tierra la que creyó concluyente. ¿Estamos seguros de que lo considerado hoy como excelente organización, programa lógico o táctica razonable ha de ser imperecedero, infalible y permanente? El hecho de sentir orgullo demuestra que hay colapso, que se cree estar de vuelta de todo. Esto equivale a retroceder.

Estamos en momentos propicios para que los seres no sean orgullosos ni intolerantes. Los que no son fanáticos ni totalitarios han de ver la manera de encontrarse, cualesquiera que sean sus opiniones. Sólo de ellos puede nacer un esfuerzo renovador para fundar la convivencia interhumana. Los demás no aspiran más que a una dictadura cualquiera, a animar abstracciones y a que el mundo sienta nuevos yugos.

* * *

La abstracción ejerce asimismo su fatal autoridad en el terreno de la organización. La cooperación más o menos reglamentada, lo que se llama organización, es resultado de una perfección que pocos animales han podido alcanzar como las hormigas y las abejas; otros animales son perfectos en cuanto a habilidad constructiva como ciertos pájaros, c! castor y las arañas, pero trabajan paralelamente sin ayudarse mutuamente; hay muchas especies que se reproducen, alimentan y cuidan mediante cooperación temporal del macho y la hembra. Sólo el hombre ha llegado primero a una cooperación técnica múltiple; sucesivamente a la organización de este trabajo para finalidades determinadas; a la especialización, al trabajo profesional susceptible de dirección, explotación y demanda, susceptible también de agrupar a los trabajadores para protegerse éstos, concertarse y organizarse. Estas organizaciones crecieron en número y fuerza. Constituyen uno de los medios de emancipación del trabajo. Para conseguir esta finalidad las organizaciones han de penetrarse de idea y voluntad, han de ser eficaces respecto a éstas como base y elementos constitutivos. No basta con que estas cualidades se den o se supongan a los dirigentes sin que tengan efectividad en los adherentes, los cuales en tal caso no hacen más que bulto y número. Por esta causa ha quedado muy disminuida la eficacia de las organizaciones, pues se han impuesto costumbres determinadas por la abstracción.

Se empieza por la delegación, abandono del derecho y de la iniciativa de muchos en favor de un delegado. Después del nombramiento de ésle, la delegación se convierte en permanente. Unos cuantos delegados constituyen comisiones y así sucesivamente van formándose los comités superiores, etc., quedando los adherentes representados por poderosas minorías que se erigen en directoras, lo mismo que si fueran gobernantes. En teoría, estos comités superiores son la quintaesencia de los adherentes al organismo; en realidad, la voluntad de estas minorías es la que reemplaza a la voluntad de los organizados. Son abstracciones vivas en el peor sentido, son como el clérigo que substituye a la inexistente divinidad, como el funcionario que pretende representar al Estado siendo éste una abstracción, una irrealidad. Por esta encarnación de abstracciones en hombres encargados de representarlas fielmente, las cuestiones que afectan a las organizaciones, todos los problemas, por importantes que sean, están en manos de unos cuantos hombres que son los más significados y batalladores — los mejores patriotas por decirlo así — teniendo a gala que no haya paz entre las distintas organizaciones, exactamente igual que los estadistas impiden que haya paz entre los Estados. Cuanto más potente es una organización menos puede y por regla general quiere menos ponerse de acuerdo con otras.

Se quiso remediar este inconveniente constituyendo Internacionales. Pero lo cierto es que éstas no han sido organismos completos. Después de consumarse las escisiones se han convertido en agrupaciones de! mismo partido hostiles a las de partido distinto. Por rivalidad entre unas y otras en censo y en influencia, la actividad de todas es distinta y para aventajar a la rival, son enrolados los miembros en masa, muchas veces fanatizados y sin tiempo para capacitarse en el sentido de las ideas ni en el de las organizaciones. Si una de éstas siente deseo de aliarse con otra, el deseo se convierte en asunto diplomático entre prohombres de ambas más que en impulso espontáneo de !a colectividad. Caso de pactarse la alianza, no se pacta sin reservas mentales. Lo regular es que fracase la alianza, como fracasan las tentativas de pacifismo entre los Estados. Las organizaciones son excesivamente grandes y cuentan con muy pocas posibilidades de manifestarse. Lo mismo que en todos los casos la mejora y el progreso están en la descentralización, en la autonomía de grupo y en el mayor grado de actividades directas, sin delegación. La cooperación hace el mejor uso posible de los adheridos; la organización que funciona con delegados hace lo contrario. Esta inercia relativa de las grandes organizaciones, limitadas además en la acción por el sentido de responsabilidad, es tan visible como observamos hace pocas semanas en Francia y en otras partes, donde los grandes movimientos desbordan el control de las organizaciones. Evidentemente hay influencias más o menos conocidas en tales movimientos, pero aquellas influencias de nada sirvieron otras veces porque no se hizo caso de ellas. El hecho de la enorme repercusión actual de las huelgas más allá de la cuadrícula sindical me parece demostrar que la fe del pueblo en las grandes organizaciones está en decadencia, tan en decadencia como la fe en partidos y programas. Huérfanos los hombres de ideal libertario en casi todo el mundo menos en España, no saben producir nada bueno y quieren el poder aceptando la autoridad lo mismo que los beneficios que le produce el Estado o la ley; beneficios que le prometen o le dan figuradamente, incapaces de producir nada. Los movimientos de Francia y Bélgica no servirán a la causa libertaria; pero los hechos nos demuestran que a la pasividad ha sucedido el movimiento y que no faltan grandes organizaciones sino ideas libres, esas ideas que no se propagaron apenas entre las masas.

Después de la guerra hubo una libertad de propaganda relativamente grande, como también cierta libertad de movimientos aunque temporalmente y con excepciones. De todas maneras hubo descuido en no servirse de aquella ocasión preciosa para sembrar ideas de libertad. Se sentía la fascinación de Rusia a pesar de la degeneración operada allí tan pronto. Orgullosamente se hablaba del poder y se hacían concesiones al credo autoritario. Los libertarios perdieron casi en todas partes sus antiguas iniciativas y no han sabido reanudarlas posteriormente. Se nos dice que lo que hacen los autoritarios no tiene consistencia y se derrumba. Triste consuelo, porque aquéllos actúan a expensas y en perjuicio de la humanidad entera, cuya generación actual y juvenil están intelectualmente destruidas, quedando agotados los recursos acumulados y viendo las sociedades de vida mediocre a pocos pasos el espectro de la guerra destructora de todo. ¿Cómo llegar a nuestro ideal libertario con una Humanidad que se tambalea y quedaría reducida a ruinas? El eclipse libertario de los años posteriores a 1918 contribuyó en gran manera a que se produjera una situación tan desastrosa.

Abominemos, pues, del culto a las abstracciones y volvamos a la vida. Devolvamos su autonomía a la cultura local, a las ideas que se manifiestan en cada país, al grupo libre de afinidades vecinas, a su acción directa. Desconfiemos de las abstracciones porque en nombre de ellas se dominó siempre y se explotó. La abstracción, a pesar de sus defectos, tiene la ventaja de presentar lo que hay de común en un cierto número de fenómenos. Sin embargo, esta visión no es lo concluye me sino lo incompleto. Precisa aterrizar desde la abstracción a la vida aprovechando la crítica lucha contra la abstracción y sin dejar que ésta marque la huella más ligera sobre nuestra vida.

Jamás triunfará nuestra causa con una victoria unilateral de ideas o de organización únicas, ni siquiera de clase única. Estas victorias, sean mayoritarias o minoritarias, no pueden conducir más que a la dictadura que hace odiosas las causas, incluso las mejores. Todos los acontecimientos revolucionarios históricos fueron producidos por el descontento, por una excitación y un furor casi unánimes en el momento decisivo: Revolución francesa de 1789; julio de 1830 y febrero de 1848 en París; revoluciones continentales de 1848; el 4 de septiembre de 1870 y el 18 de marzo de 1871 en París; la primera sacudida del zarismo en 1905 y su caída en marzo de 1917; el 14 de abril del 31 en España, etc. Una revolución social libertaria no se produciría de otra manera. Las dictaduras no pueden nunca preparar el camino a la revolución social libertaria. En Rusia ya se vio que desde la instauración del bolchevismo en otoño de 1917 sólo hubo aplastamiento de los esfuerzos socialistas no oficiales empezando por el bombardeo del local de los anarquistas en Moscú en la primavera de 1918 mientras en todo el mundo socialistas y hasta anarquistas, pésimamente informados todos, glorificaban a los bolcheviques llamados maximalistas a consecuencia de un curioso error del que ellos se aprovecharon y beneficiaron ampliamente. Lo mismo la dictadura rusa que las dictaduras fascistas sólo serán destruidas por impulsos y explosiones casi unánimes como las que tantas veces han puesto el pie en el cuello de los tiranos. La verdad histórica se da en este sentido y no veo que pueda suponerse cosa distinta por lo que atañe al porvenir.

Progresan los hombres desde la edad de las cavernas y harán todavía grandes cosas, pero sólo en estado de libertad. La Humanidad se reanima al menor soplo del espíritu libre, como un aguacero reanima las flores mustias. Siempre vivió la Humanidad gimiendo: desde que se vio atada a la religión hasta que cayó en servidumbre de socialismo autoritario y fascismo. Apetece la libertad y muchas veces los hombres que se tienen por no autoritarios se la niegan; y cuando no se la niegan, intentan disuadir a la humanidad de su ideal. ¿Por qué el sindicalismo no declara de una vez francamente que no tiene ambición de sobrevivirse y tal vez perpetuarse en una sociedad nueva? ¿Por qué las tendencias libertarias no se declaran exentas de aspiraciones totalitarias? ¿Por qué no hacen constar que establecerán un modus vivendi con otros matices no agresivos? Estas interrogantes se comprenden mejor que antes, mejor que hace poco tiempo, aunque puede decirse que su profesión abierta y su confesión no son generales. Cada cual espera que su causa llegue a ser universal. Me parece que este pensamiento delata residuos autoritarios evidentes. Tengo simpatía por una causa y me parece que universalizarla es poco natural. No es posible desear que se extinga toda la espléndida variedad floreal para que sobreviva únicamente mi especie preferida. Guardémonos de esta uniformidad, de esta malsana abstracción.

Creo que no abogo en pro de una causa perdida. No hay más que deshacerse de la multitud de argumentos seudocolectivistas que nos inundan. Se dice que e! individuo en sí nada es, que sólo la masa y el grupo tienen importancia. Esta es la opinión de los autoritarios todos, pero no es un hecho real, ni una constatación social. Siempre ocurrió así en los medios indiferentes, por lo que hubo dos desarrollos opuestos en les mismos: el individuo jefe que domina y explota a la masa frente al hombre progresivo y desinteresado que avanza y allana el camino para que se liberte la masa. Perseguir a estos hombres desinteresados, hacerles imposible la vida fué siempre el objetivo de la reacción. La justificación teórica y abstracta no faltó nunca. Jehovah arrojó del paraíso al hombre temerario. Zeus, otra divinidad, encadenó al rebelde Prometeo a una roca del Cáucaso. Para los sociólogos pedantes, el hombre que no se inclina ante las nuevas ideologías autoritarias, ante los errores que directa o sinuosamente conducen al fascismo, es un réprobo a quien hay que castigar. Si se dice a los hombres de nuestro tiempo que el poder de los Estados, el aparato burocrático y maquinista y los ejércitos aumentan; si se les repite que el hombre no es nada por si más que en masa y que el técnico le dirá lo que le corresponde hacer; si se le alimenta intelectualmente por los jefes y elaboran éstos la teoría de que cuanto más grandes sean las empresas estatales o capitalistas más lejos se estará de la vida individual, lo que se predica es la esclavitud. Se oculta malignamente que contra aquellos estragos autoritarios lucharon siempre los mejores hombres y seguirán luchando sus afines progresivos. El Estado y sus burócratas se derrumbarán, lo mismo que las fuerzas armadas cuando éstas y aquéllos dejen de tener paga. Los técnicos sabrán rectificar su obra adaptando la máquina a las necesidades humanas en vez de refinarla para producir armamentos. Las masas sabrán vivir su propia vida y esto es lo que desean precisamente. Todas las dificultades, todas las complicaciones desaparecerán cuando en serio se quiera que desaparezcan. Sólo entonces podrán desarrollarse en la vida autónoma las facultades latentes que duermen en la intimidad de los seres.

Ahora bien: para conducir a los hombres a estas realizaciones es preciso tener esperanza y valor, no entregándose a la semiabdicación de las abstracciones autoritarias, por desgracia tan frecuentes. Hay muchos hombres de buena fe que creen necesario hacer toda clase de concesiones a las costumbres autoritarias. Se adviene también una resignación mal situada y mal interpretada que debilita y achica los movimientos cuando lo que necesitan éstos es impulso y decisión. Si se dieron exageraciones, no causaron tantos estragos como la prudencia que se deriva de falta de fe y de la necesidad de apoyarse en soportes autoritarios. Hay quien insiste en sostener la necesidad de emplear procedimientos que se llaman transitorios y en realidad no son sino dictaduras veladas, con la misma inclinación que las dictaduras a convertirse en permanentes. Con esta pusilanimidad no nos libraremos de la esclavitud actual aunque puede tener ésta un aspecto atenuado algo más soportable y acomodaticio. Si la gota taladra la piedra, sólo un torrente puede destruir el obstáculo que representa la piedra. Los pequeños actos minan la sociedad presente como la pota de agua taladra la piedra, pero sólo los grandes hechos son capaces de provocar un derrumbamiento.

Entre estas dos formas de acción se sitúan los medios renovadores, ¡os de regeneración y reconstrucción incipiente a que me referí: en primer término, nuestra propia regeneración, emancipándonos de las taras autoritarias; la regeneración de los medios sociales autónomos capaces de solidaridad íntima y sincera; la de los grupos más diversos por afinidad de ideas; la vida de relación próxima o lejana mediante unas bases más íntimas que el lazo orgánico formulario; y en fin, la posibilidad de convivir amigablemente todos los no autoritarios, los nos agresivos. La mentalidad que suponen estos signos progresivos ha de permanecer viva y lozana cuando la cólera general produzca la victoria del pueblo. De lo contrario se verán nacer nuevo autoritarismos. Éstos pueden ser evitados si no se impide que la revolución haga labor completa como hasta ahora no pudo hacer.

La abstracción tal como trato de presentarla es una potencia del pensamiento humano que es preciso dominar a menos de no querer ser dominados por ella. Nos eleva por un momento sobre la vida colocándonos en un nivel superior de observación. Si no olvidamos que es un nivel ficticio como es ficticia la existencia del punto geométrico, estamos perdidos. Es entonces cuando nos sumimos en el reino de la abstracción, que siempre halla la manera de explotar y gobernar a los pueblos sometidos. El hombre consiguió el dominio del fuego y el dominio de otros elementos naturales capaces de ser destructor-.s o útiles y tendrá que aprender a penetrar en el secreto de la abstracción en nombre de la cual se le explota y se le gobierna, libertándose al propio tiempo de nuevas abstracciones si se presentan estas para obstaculizar el avance progresivo. Dios y el Estado son dos ficciones, pero toda nueva autoridad es una nueva ficción. La base del hombre es la vida misma, su propia vida y no otra cosa. La experiencia demuestra ya desde las tenebrosas edades de la animalidad que la vida ha de ser social y solidaria a la vez que individualizada, localizada y diferenciada. Fuera de una vida semejante no existe más que el remo de la abstracción y en su lamentable práctica la servidumbre que aprovechan las castas privilegiadas para vivir de ella: clérigos, capitalistas y otras autoridades de hoy como de mañana si los hombres no se redimen de la abstracción. Arabo de analizar el peligro y el remedio único: vuelta a la vida con sus autonomías, su solidaridad, sus diferenciaciones y su libre expansión.

X. X. X.

(Trad. de F. Alárz.)


X. X. X., “El reino fatal de la abstracción, una de las fuentes de la autoridad” La Revista Blanca 14 no. 388 (August 15, 1936): 112-116.

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J. Quiñonero Gálvez, “¿La anarquía, es programática?” (1935)

¿La anarquía, es programática?

La moneda o sus similares

Hablando metafísicamente, filosóficamente si se quiere, se pueden decir muchas cosas que aunque se contradigan pueden pasar; porque la metafísica ni la filosofía son matemáticas. Pero hablando sociológicamente ya no se pueden decir tantas; porque la sociología ya es el pensamiento y la razón aplicados matemáticamente a los problemas de la vida. En la sociedad comunista-anarquista, la vida social ¿a qué habrá de estar condicionada? Mejor, para si alguien entiende esto, lo transcribiremos aquí: «En la sociedad comunista-anarquista la vida habrá de estar condicionada naturalmente para la máxima garantía de la libertad individual, de la igualdad social y de la equidad humana». ¿Condicionada a qué?

Explicar a continuación que no debemos usar palabras sonoras ni rimbombantes, por no ser ellas las que convencen, sino lo que expresan dejando esto dicho, ¡no sé cómo habremos de explicarnos para que todos nos entiendan! «La ilimitación y la incondición son inexistentes: son afirmaciones y negaciones que no convencen. No puede existir nada sin éstas; condicionado, en cuanto pierde su condición, se deteriora, desaparece o muere.» Que esto lo diga un escolástico o un comunista de la ortodoxia marxista, está bien; pero que lo diga un anarquista, no está bien. Porque un par de zapatos está condicionado; el Código civil también está condicionado; como un ascensor en una escalera, también está condicionado; todas estas cosas, cuando pierden su condición, desaparecen. Pero los hombres no estamos condicionados más que bajo la Constitución y el Código; pero queremos librarnos de ella sin imponer otras condiciones.

Traer aquí lo que significan las leyes o la palabra «ley», para justificar que los hombres cuando hayamos desterrado todos los códigos aun continuaremos viviendo sometidos a nuestra propia «ley», «ley anarquista», es una cosa que considero agotar todos los recursos de las palabras para hacerse comprender y quedar en estado confuso. Porque las leyes han sido los hombres los que las han hecho, y los hombres somos los que las tenemos que desterrar de nuestros usos y de nuestras mentes. No puede importarnos nada sobre este particular la «Ley de la Naturaleza»; nos importa la «Ley de Orden Público» u otra cualquiera; porque podemos decir: la «acción de la Naturaleza», la «acción de Orden Público»; porque acción es por una parte y por otra, puesto que si una ley nos protege y nos ampara, también nos puede matar, sea de los hombres o de la Naturaleza. Mas, teniendo en cuenta que no son las palabras las que convencen, sino las que expresan, nada hay de particular que cuando un anarquista oiga la palabra «ley» se horrorice y la deteste y la combata por todas sus partes, porque puede ser que en nombre de ella le hayan apaleado muchas veces, y porque si tiene ojos, oídos y es sensible, se dará que lo que ella expresa es la justificación del matar y robar.

Así es que considero que se puede sentir horror cuando se oiga la palabra «ley», y se debe combatir sin preámbulos de ningún género; lo mismo que para sentirse libertario se debe hacer uso de las pesas del sentido común, lo mismo que de la lupa de la razón, y no dejar entremezclarse ni un adarme ni una broza en las teorías anarquistas que, con muchas luchas y enconos, los hombres han podido sostener hasta estos nuestros días; porque cada día se va viendo más palpablemente que sólo las teorías anarquistas hacen mella en las conciencias y pondrán al mundo en el camino del progreso; por consiguiente, comenzar, antes y con tiempo a reformar, con palabras que cada cual interpreta a su manera, lo que sólo se puede rectificar bajo la práctica, veo, para mí, que es un ansia mal comprendida, puesto que como las ideas ya son viejas — relativamente —, queremos ver algo más nuevo, sin darnos cuenta que esto se encuentra practicando y no teorizando, pues teóricamente ya está todo inventado en el orden social.

* * *

Hemos dejado transcrito que no son las palabras las que convencen, sino las que expresan, y apuntado, también, que es necesario explicar prácticamente lo que son las ideas. «La constitución del comunismo libertario, pues, asentada sobre la trilogía sostenedora, necesita una nueva economía organizada integrante de un nuevo Derecho establecido, que, en relación con los órganos sostenedores, la ley del equilibrio por la igualdad de gravitación de valores equivalentes.»

Este párrafo entre comillas, que acabo de transcribir, ahora me doy cuenta que no debo comentario yo, sino remitir al lector a los números 295, 297, 299, 303 y 305 de LA REVISTA BLANCA; que él lea los artículos «Anarquía y comunismo libertario. Necesidad previa de una estructuración orgánico-social futura», y que los comente él. Pues en verdad que yo no entiendo lo que quiere decir, ni aun lo que en palabras dice. En cambio, él es sucesor de un artículo que explica la abolición de la moneda en la sociedad futura. Sin tener en cuenta que los que han de abolir la moneda no la conocen más que de nombre y en algunos sitios no cotidianamente, sino temporalmente.

Los que propugnamos por una sociedad mejor, será preciso que aborrezcamos la moneda, y que cuando detestándola hablemos de ella, no la mezclemos con signo de cambio alguno de la sociedad futura; pues en la sociedad futura, ni la colectividad, ni el individuo, serán capaces de valuar el trabajo a nadie; quiere decir esto, que el individuo producirá lo que pueda y consumirá lo que necesite sin términos medios.

Considero que la discusión del signo de cambio en una sociedad socialista-anarquista, es una cosa secundaria. No obstante, hoy es de las de primera fila; porque el que carece de todo sólo piensa en las monedas con que saciarse, y se le hace un poco cuesta arriba suponer siquiera que sin monedas podrá satisfacer su necesidad nunca contentada. Pues la idea de la colectividad forma en su mente un conglomerado de personas insatisfechas que se apretujan para ir a saciar sus ansias a un sitio convenido por todos y donde tendrá que contentarse con lo que le toque. Por esto, con la moneda o -el signo de cambio, él ve mejor satisfechas sus necesidades, pues puede para ello ir donde le plazca. Y por esto hemos de considerar que la conciencia revolucionaria no se forma por un programa más explícito en lo económico y lo social que ningún otro. Pues, ¿no se han dado cuenta los que hablan con el programa en la mano, de la cantidad de confusiones que se engendran en las mentes infantiles de los trabajadores y el resultado lastimoso que ellas dan?

Un hombre del pueblo, de edad corriente, es capaz de cambiar durante un mes en todas sus ideas, y en su conciencia por consiguiente, proponiéndose verdaderamente conseguir una cosa. Sin embargo, vemos cuan poca es la diferencia de unas generaciones para otras, y el problema es el mismo.

Esto, aparentemente, no nos dice nada; en realidad, dice que los hombres de lo último que se ocupan es de sí mismos, y de lo que más se ocupan es de conservar las formas superfluas de la apariencia y de los prejuicios.

Pues bien, los anarquistas hemos de decir: Tú eres quien debes revolucionarte para hacer la revolución, y tú eres quien debes estructurarte tu programa de forma que satisfaga las aspiraciones de todos los demás, al par que las tuyas propias. ¿Esto es imposible? Imposible es si te encierras en tu torre de marfil con tus sueños, o en la costra inmunda de pasividad. Pero si te pones en actividad y haces uso del sentido común y del libre acuerdo, tú serás el primero que comenzarás a hacer concesiones al acuerdo que mejor convenga a todos y menos ofenda a los deseos o gustos de cada cual. Pero esto no sale ni de uno, ni de dos, ni de unas ideas u otras; esto sale de la actividad de los hombres conscientes, de voluntad y buena fe, aplicada a los problemas de la vida práctica, progresando siempre en el libre acuerdo, en la anarquía, que es el libre acuerdo en la colectividad, y siempre dispuesto a enmendar. Esto difiere mucho de ser programa, y si a los programas se tiene que hacer caso, como a las colectividades, yo llamaría imbécil a quien tal hiciera; pues veamos las colectividades como a los programas acarrean.

Las personas de cerebro atrofiado — entiéndase esto: me refiero a las personas cargadas de prejuicios, y no a los seres anormales que los psicólogos llaman anencéfalos —, como las de cerebro no atrofiado, piensan y no siempre son capaces ni se encuentran dispuestas a exteriorizar lo que piensan; el medio en que se encuentran, como las necesidades que sufren, son los que martillean su cerebro y son su personalidad hecha pensamientos. Ellos de por sí se bastarían con su pensamiento, porque piensan cómo solucionarían sus problemas y vivirían muy bien su vida; pero los que tienen prejuicios, se encuentran con que las leyes se lo impiden y con el temor de su honor y de no molestar al vecino; y sus pensamientos se los guardan como cosa íntima que no pueden ver la luz del día; los otros no siempre saben hacer uso de la dialéctica para decir lo que piensan, y no siempre tienen la confianza de que sus pensamientos coinciden con los del otro, y sólo se expresan en las confidencias, y no siempre a las claras. Y he ahí a las multitudes necesitadas e indecisas dispuestas a devorar un hueso reformista, como a desbordarse diciendo granujas como una bandada de perdices.

A estas personas llega el tribuno, que puede ser político o apolítico, o la colectividad: expone sus ideas y dice; «Bueno, quitaréis la moneda; pero en cambio me daréis otra cosa equivalente». Y he aquí que para él la moneda no desaparece en el sentido que debe desaparecer, sino como signo de cambio burgués. Mientras que la desaparición de la moneda es en su sentido de equivalencia, es decir, en su sentido adquisitivo, de valor como productor o como valor de mercancías acumuladas; ahí es donde la moneda debe desaparecer y con ella los signos y carnets de equivalencia. Con respecto a lo económico, no hay ninguna cosa que valga más qué otra; ni ninguno que en su trabajo haga más que otro, ni que consuma más que otro.

Por consiguiente, hemos de tener en cuenta el estado mental, el estado físico-económico y social del individuo y no predisponerlo hablándole de programas, de signos de cambio o de carnets; a ese último estado de la conformidad que es el encontrarse las cosas simples y hechas y darse al descuido de que todo se andará. No; es preciso que se despierte en el individuo el estímulo a estudiar y ver par sí mismo el medio mejor de encauzar las cosas que satisfagan las aspiraciones de cada uno y corone así el éxito revolucionario de todos.

Demasiado mal se hace cuando en la propaganda se halaga el sentimiento burdo de las multitudes — forzosamente — cuando se pone de manifiesto las consecuencias del Estado y de la burguesía y se les invita a que tomen parte en la vida activa de la sociedad, porque son ellos mismos los que la sostienen. Es preciso que las multitudes se den cuenta de la responsabilidad que entraña su pasividad en el orden económico social y que se remita a los sindicatos no a charrar insulsamente, sino a poner de manifiesto lo que se ha producido donde trabaja, cotejarlo con lo de meses anteriores, o años, y teniendo en cuenta el estado y calidad de los útiles y material en uno y otro tiempo, vea cómo se produce más y mejor y si podrá o no vivir un socialismo anarquista.

Es muy bonito ver la cara de simpatía y hasta de boleos que ponen las personas cuando están oyendo recitar o explicar cómo se vivirá en la sociedad del porvenir o de mañana, cuando nos estamos muriendo de asco en esta y no somos capaces de reaccionar en ella, sino que habrán de dárnoslo mascado en la de mañana, y con eso ya hay bastante; y para eso si nos explican cómo comeremos y no hemos comido; o cómo será el carnet y sus páginas, con el que adquiriremos de todo y no tenemos una perra gorda; o cómo habremos desterrado los vicios y hoy somos unos perniciosos; y, en fin, nos pueden explicar cómo será la sociedad en general y nosotros quedamos adormecidos y amodorrados como si nos hubiesen contado un cuento de hadas.

No es extraño que haya muchos compañeros anarquistas que de ninguna manera estén de acuerdo con eso; pero no ya porque, como dicen otros, sea antilibertario, antianárquico, o poner barreras a la libertad del individuo. No; no puede ser por eso, ni mucho menos; pues las cosas concretas son siempre más claras que las cosas confusas; las cosas terminadas son siempre más concisas y más positivas que las cosas en proyecto y en el aire. Pero como de lo que se trata es de hacer la revolución con hombres todo lo más conscientes que se pueda, puntos de vista sobre los problemas que a todos atañen por igual, les da un cierto barniz de cosa imprescindible e inmutable, y de la multitud indecisa salen unos que van a votar y otros a esperar que venga la revolución social. Al tribuno le dicen hombre acertado y listo, y lo discuten entre sí como las beatas discuten a sus sacerdotes religiosos, y dan por bueno todo cuanto el tribuno haya dicho no porque lo hayan comprendido, sino porque les satisfizo los pensamientos que ellos no fueron capaces de exteriorizar. En consecuencia: explicar de una manera redonda o programática las ideas anarquistas, es hacer círculo o lazo con lo que es expansión: y línea recta, no ya porque concretar sea un prejuicio o perjuicio, sino porque concretar el detalle cuando aun la generalidad no se ha puesto en práctica, es el último de la conformidad y de la sugestión revolucionaria.

¿Qué tenemos que concretar hoy en día? ¿Acaso no andan por ahí una multitud de folletos y hasta de libros que te explican de una manera clara y bien concisa cómo podrá vivirse en comunismo libertario y nadie los lee?

Si a nosotros o que nos hace falta son estadísticas locales, comarcales, regionales, etc., todo lo más exactas que sea posible, que los trabajadores sepan o puedan saber lo que producen y lo que consumen tanto de productos locales como del exterior; donde hay posibilidades de abrir nuevos trabajos que rindan producto acto seguido y compense la escasez que pueda producirse o se haya producido por otra parte; en fin, un género de estadística que ponga al detalle todo cuanto pueda haber en la localidad de más o de menos y cómo podrá cambiarse, exportarse o importarse lo más rápido posible, para no escasear de nada, o que los otros no escaseen y que vean las posibilidades de éxito a día.

Pero no detallar con qué habremos substituido la moneda, pues la moneda no tiene substitución; la moneda, como todo cuanto pueda substituirla, debe desaparecer por completo; ni explicar el proceso de la nueva economía bajo el atávico concepto de nueva ley, pues ello engendra en la mentalidad de los trabajadores la última conformidad con respecto al régimen actual, que es la que al preguntarse cómo nos entenderemos económicamente y socialmente, y tropezar con la «nueva ley» que, dispuesta por todos, habrá de acatarse irremisiblemente, y el nuevo signo o carnet no encuentra ni más ni menos que es una nueva forma impuesta por la colectividad del curso de la sociedad actual. Y, a la vez, las ideas anarquistas sufren el deterioro de ser rechazadas por personas que, aunque piensan, no saben lo que piensan, pues las ideas anarquistas en la práctica son para ellas un desbarajuste donde cada cual tira por donde le place y hace lo que la da la gana; y esto es lo que hay que hacer comprender, que las ideas anarquistas, bajo la práctica, son el libre acuerdo, y no lo que a cada uno le da la gana groseramente.

J. QUIÑONERO GÁLVEZ


J. Quiñonero Gálvez, “¿La anarquía, es programática?” La Revista blanca 13 no. 321 (15 Marzo 1935): 256-259.

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Germinal Esgleas, “Anarquismo sin adjetivos” (1934)

CRÍTICA AFIRMATIVA

Anarquismo sin adjetivos

El ideal anarquista jamás puede significar una limitación. Si la Naturaleza se perfecciona y la Humanidad evoluciona, acorde con los principios evolutivos, el horizonte moral de la anarquía, como expresión cada vez más amplia del integral sentido de libertad, se ensancha más y más, hasta el infinito. Ya alguien ha dicho que más allá de la libertad hay siempre, o debe haber, más y mayor libertad.

Reducir la anarquía a un programa más o menos sintético y esquemático, condensarla en cuatro frases hechas es obra en absoluto negativa.

Debiera haber siempre un exceso de savia y de vitalidad ideológica que pugnara por ensanchar y rebasar el límite en que la tendencia de adaptación pretende estancar toda corriente idealista.

Bien que nos tracemos un plan, que sepamos a lo que vamos y qué es lo que queremos; pero la anarquía no avanzaría ni un milímetro más, por muy acabado que pudiera presentarse un programa de vida de la sociedad anarquista, si antes las ideas no fueran sentidas y asimiladas por los individuos como algo propio y vital, es decir, aplicadas en activo por el individuo, sin aguardar la acción milagrera de una fecha o acontecimiento determinado. Cuando se trata de realizaciones colectivas, todo programa es inútil, porque el curso de los acontecimientos escapa a todo control y a toda previsión; y aun en esos casos, la mayor garantía de coordinación en e! sentido de influir en un aspecto determinado es aquella parte de conciencia individual a que hemos hecho referencia.

En la interpretación y definición de programas, por más sencillos que sean, se evaporan y se hacen escurridizas las ideas. Sabemos, en líneas generales, lo que queremos y lo que necesitamos. La manera de realizarlo sólo puede ser obra de la experimentación práctica, con sus consiguientes yerros, tanteos, vacilaciones y rectificaciones. No hay, no puede haber, esquema, ni programa perfecto. Toda matemática aplicada a la biología social falla. No es la Humanidad ni la Sociedad un cuerpo inerte sobre el cual todo el mundo pueda ejercitarse como en una tabla de logaritmos o en un tratado de álgebra aplicados a la mecánica. La matemática rigurosa y exacta, la técnica acabada, nunca podrán estar acordes con el ritmo de la evolución social, que escapa a toda previsión, como a toda coerción escapa el pensamiento humano.

El estudio de las posibilidades de vida anarquista, de los medios económicos de la sociedad del porvenir, su probable organización; de nuestros recursos naturales, industriales, etc., actuales y futuros, de todo cuanto se hace indispensable y necesario a la existencia de una colectividad, bien está que se haga. Pero no pongamos nunca la economía. La norma por encima del hombre; la regla, el plan preconcebido, a la interpretación realista de las necesidades según se manifiesten en el momento en que se vive. No arrastremos el peso muerto de un programa cerrado, que sólo podría servirnos de estorbo. La base moral de la anarquía está bien definida: no gobierno; máxima libertad, máximo bienestar para todos. Esa base moral nunca puede significar una limitación. Todo cuanto nos acerque a su realización, por más variada y diversa procedencia que lenga, obra de los hombres y fruto del esfuerzo individual o de La cooperación colectiva, estará de acuerdo con lo que supone finalidad esencial de la anarquía.

Los programas únicos o exclusivistas serían funestos para el movimiento anarquista. Crearían muchas divisiones innecesarias. En vez de ser aglutinante, serían motivos de disgregación, de excomuniones y rozaduras, por más amplitud moral que a aquéllos dieran sus iniciadores y por más bondad que hubiese en la intención en que se fundaran. La experiencia de la Plataforma en el movimiento anarquista francés y aun la misma experiencia de la F. A. I. en España, abonan lo que decimos.

La Plataforma, fracasada en España, entre los compañeros de Francia dio origen a una serie de disputas. En España, hasta hace poco, la mayoría de anarquistas, particularmente la juventud no muy penetrada de las ideas, tenía todas sus simpatías por la F. A. I., hasta tal punto que muchos eran los que no concebían el anarquismo fuera de ésta. Sin embargo, la F. A. I., en muchas de sus actividades y aun en sus principios orgánicos, a veces no ha estado muy de acuerdo con las ideas anarquistas, cosa que se podrá comprobar el día que se haga una crítica imparcial y serena de su actuación. Ahora, en contra de la F. A. I., achacándola pecados de los que indudablemente no es única responsable, y por parte precisamente de algunos de los que más la habían respaldado, se observa una hostil reacción, que adolece del mismo vicio de origen que contribuyó a la formación y propagación de aquélla, y que en nada tampoco ha de beneficiar a las ideas anarquistas, porque, así como una dio origen al espécimen faísta antes que anarquista, esa nueva corriente creará enfrente a la ya existente el otro espécimen antifaísta, también antes que anarquista, de lo que se derivarán una serie de rencillas y de luchas intestinas que todavía nos debilitarán más ante el adversario.

Muchos reparos, complicaciones y dificultades que a veces hay empeño en hacer resaltar tratándose de un movimiento de ideas, encubren en no pocos casos crisis morales individuales, motivadas por factores diversos, que ese gregarismo «anarquista» de programa, tendencia o comité fomenta como epidemia, desorientando a muchísimas individualidades en formación que, llenas de buena fe, se acercan a nuestro ideal.

Hay que volver por los fueros del anarquismo sin adjetivos, amplio, generoso, comprensivo, tolerante. La anarquía no cabe en un programa ni en un patrón únicos. Los anarquistas tampoco caben ni puede alinearse en una sola organización exclusivista. Hay que aceptar la variedad, la diversidad en el esfuerzo, en la iniciativa, en la acción, en el programa y aun en la organización y en la aplicación práctica de nuestras teorías, sin creernos ni considerarnos más ni menos anarquistas unos que otros.

Sostener un principio absorbente de actividad, de tendencia o de organización es sembrar de sal el campo abonado para que germine la buena semilla anarquista. Y para la corrección de un defecto no hemos de caer en el defecto opuesto.

Nosotros creemos que entre los anarquistas, por muy distintos que sean sus puntos de vista, puede haber unidad moral, no decimos unificación, y puede haber coincidencia, cooperación y colaboración en las actividades y esfuerzos de unos y de otros, sin que nadie se estorbe; pero esto sólo puede ser a condición de que todas esas tendencias hegemónicas, programáticas y exclusivistas que se perfilan se penetren más y más de contenido anarquista y en un amplio plano de tolerancia y de respeto mutuo sepan desenvolverse.

Antes que los programas, las ideas. Fanáticos, no; hombres conscientes, anarquistas a secas.

GERMINAL ESGLEAS


Germinal Esgleas, “Anarquismo sin adjetivos” La Revista blanca 12 no. 288 (27 Julio 1934): 588-589.

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Federico Urales, “Sobre la Síntesis de Sebastián Faure” (1929)

No sabemos si nuestro muy querido amigo Sebastián Faure y cuantos han hablado de su síntesis anarquista, continuarán discutiendo el tema de la unión libertaria y el modo de efectuarla. Nosotros queríamos hablar de este mismo tema, discutido ya d asunto, no tanto para decir sobre él la última palabra, cuanto por la demora a que nos obliga el mucho trabajo; pero puesto que. ahora las circunstancias creadas por los reptiles que, por envidia y mala sangre, se dedican a la delación y a las delaciones falsas y profesionales, nos proporcionan un tiempo que antes no teníamos, trataremos el asunto, esté o no terminada su discusión por los que lo han planteado y discutido.

Las divergencias, las disputas, las querellas, las controversias y aun las riñas establecidas alrededor de nuestro caro ideal, obedecen a un estado de alma o de ánimo, para ser más materialista, que tiene muy poco que ver con las ideas.

No discutimos ni reñimos por sentir las ideas de diferente manera, sino por no tener de las ideas su moral.

Los ideales como el nuestro no nos dicen que hayamos de enfadamos con el que lo concibe de otro modo; al contrario, nos dicen que todo el mundo ha de respetar el ajeno sentir, sea como fuere. ¿Por qué, pues, las ideas nos han dividido? Porque no tenemos de las ideas su salud moral.

Aun las disputas entre los partidos políticos autoritarios, se comprenden. Ellos tienen un programa político y dentro de su programa han encerrado una verdad. Por su verdad y su programa pelean contra otra verdad y otro programa. Dentro de la monarquía, dentro de la república, dentro del socialismo, pueden crearse varios partidos que peleen entre sí, porque no han concebido la eterna evolución de las ideas o porque hay más personas que quieren vivir de las doctrinas de lo que permiten sus recursos económicos y políticos, dentro o fuera del Poder.

Pero en el ideal libertario, que no tiene frontera ni límites ; que no ha de dar vida más que a los que produzcan algo útil a la salud de la sociedad; que a nadie se ha de imponer un criterio contrario al suyo, las riñas y las divisiones son de orden moral y no de orden ideal.

La salud ética del anarquista ha de dar por resultado la tolerancia y la bondad. — Sin tolerancia no puede haber anarquía, porque no puede haber libertad ; sin bondad no puede haber el amor y el cariño necesarios para que todos nos estimemos individuos de una gran familia que ha establecido la libre concordancia.

Luego los que se pelean por entender de diferente manera el ideal, es que no tienen lo que nosotros llamaremos sus virtudes.

A todo buen amante de la libertad y a todo d que de la libertad tiene su sentido moral, no ha de importarle nada que haya anarquistas de diferentes tendencias ; lo que ha de importarle es que una tendencia quiera imponerse a la otra.

Cuantos quieren que por la amenaza o por la fuerza o por el número se imponga su modo de pensar, no saben lo que es anarquía y apenas si tienen un criterio racional.

Con buena voluntad no hay problema. Con tolerancia no hay problema. Con aplicar a las ideas y a los criterios ajenos todas las garantías que queremos para los nuestros, no hay problema. Considerando que nadie es infalible, porque nadie posee ni puede poseer la verdad porque en la eternidad de la especie humana hay muchas verdades y no hay una verdad, no puede existir problema.

De suerte que el problema de la Unión anarquista no está en la concepción que cada uno puede tener de. la sociedad futura, sino en las escasas dotes morales que cada uno posee para vivirla, escasas dotes que nos impiden considerar que el error lo mismo puede estar en la mente ajena que en la propia.

* * *

Además, conviene poner en claro quienes son y quienes no son anarquistas. Aunque tal se llaman, no lo serán quienes estimen necesario un Poder, llámese como se llame, ni quienes, con sus actos, un Poder hagan necesario. Tampoco lo serán cuantos estimen que la anarquía ha de imponerse a golpes y cuantos piensan que, después de la revolución social, será menester un gobierno político o bien económico, que señale, guíe y organice. Estos, no tan sólo dejan de ser anarquistas, sino que no tienen del ideal un concepto aproximado.

Tan cierto es que se trata de una cuestión moral, que está más cerca de la anarquía y de sus prácticas el que, no llamándose libertario, es hombre de bien, que el que, llamándoselo, tiene vicios y es innoble en sus relaciones.

Para ser anarquistas hemos de continuar fomentando admiraciones: «Esto es propio de ángeles» decía ante la gente ignara, al explicársele el hombre y el ideal que queríamos poner sobre la tierra.

No es propio de ángeles: es propio de hombres que pueden ser mejores que los santos, pero es preciso que la gente nos estime santos por nuestras vidas para ser anarquistas, para poseer las virtudes del ideal y para propagarlo por medio de la conducta.

Será también preciso no olvidar, para ser anarquista, que la anarquía no es un ideal de fin, sino de principio. La anarquía no es la meta del ideal humano, sino que es el arranque de una humanidad que hasta aquel momento no tendrá conciencia de sí misma, que hasta aquel momento no se había encontrado.

Pensando así, tendremos una idea aproximada de nuestra humildad y de nuestro escaso saber mental y moral, comparados con los hombres, que empezarán a vivir cuando cada uno sea dueño de sí mismo.

* * *

Siempre hemos dicho que la anarquía era el ejercicio de las autonomías hasta llegar a la del individuo. Hoy añadiremos que la anarquía es la reintegración del individuo a todas las libertades naturales, después de haber pasado por un reajuste de sus facultades.

La autonomía del individuo en la naturaleza, después de haber hecho una revisión moral de su origen.

Mas supongamos que nosotros estemos equivocados en nuestros juicios sobre el ideal y sobre el hombre. Los que quisieran sacarnos de nuestro error a la fuerza o combatiéndonos sañudamente, tendrían un concepto inquisitorial de la anarquía y por tanto no serian anarquistas. En cambio, como tales obrarán aquellos que, no creyendo opinar como nosotros opinamos, respetaran nuestro pensamiento.

Y es que los atavismos de la tiranía resurgen a través del tiempo, teniendo nombre diferente, pero siendo la misma tiranía.

En nuestro sentir, cuanto; estimen necesario un Estado, aunque sea con propósitos providenciales y paternales, como pretenden el Estado fascista y el Estado comunista, son conculcadores de derechos que a nombre de la providencia o de la salud de la patria se comen a sus hijos, cual Saturno y cual Moloch.

Cualesquiera que sean nuestras opiniones, si las encerramos dentro de un Poder serán, en el sentir de humanidades que tengan conciencia de si mismas opiniones prehistóricas ; para nosotros, pigmeos en esta gran fuerza cerebral que se halla inactiva en las mentes, son opiniones de derecho.

En cambio, según nosotros opinamos, son elementos de izquierda cuanto estiman que el hombre puede guiarse por su propio discernimiento, siéndole innecesarios, por su propia perfección moral, jueces y gobernantes.

Pero esta opinión nuestra sobre el sentido izquierdista, no puede armonizarse con la de aquellos que, creyendo que su concepción social es la mejor, quieren que los demás la compartan de buena o de mala gana.

De manera que antes de convencer al prójimo de que la anarquía es la mejor de las formas sociales, hemos de convencerles de que es la mejor de las formas sociales porque dentro de la libertad no quieren imponer ninguna. Sin esta condición la anarquía no existe y si existe en la mente de algún individuo es que este individuo está muy lejos de la concepción social libertaria.

De suerte, que para la unión anarquista lo que hace falta es considerar que todas las concepciones sobre la vida futura son posibles, menos aquellas que quieren imponerse a las demás.

Por otra parte, hay una relación entre la concepción del ideal y nuestros propios actos. Generalmente, el que no tiene una vida limpia moralmente, no tiene un concepto honrado del ideal.

A este, las ideas le servirán, para justificar su vida tortuosa o su vida apartada de la solidaridad humana. En ellos el ideal tendrá un carácter autoritario, impositivo, impropio de las ideas que dicen sustentar, como lo son sus actos. Por esto no es anarquista, no el que no dice no serlo, sino el que no armoniza la vida con las ideas; no las armoniza prácticamente aunque en vano intente armonizarlas teóricamente.

Si tenemos buena voluntad, si tenemos buena fe, si tenemos amor a las ideas y no somos quisquillosos, ni cascarrabias, ni narcisistas, la unión es un hecho. Si no tenemos aquellas virtudes, la unión no será un hecho, pero no seca porque aun no habrá anarquistas sobre la tierra, aunque haya muchos que anarquistas se llamen.

Federico URALES


La Revista Blanca 7 no. 142 2nd series (15 Abril 1929): 642-644.

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Federica Montseny, “Plataformismo o reformismo libertario” (1928)

Plataformismo o reformismo libertario

Los lectores de LA REVISTA BLANCA no deben ignorar el profundo trastorno en Francia producido por el famoso proyecto de organización anarquista presentado por los libertarios rusos refugiados en París. Ha sido, realmente, el asunto de la Plataforma el que ha acabado de hundir el . ya bamboleante edificio del movimiento anarquista francés, corroído por ese mal de las capillitas, de los personalismos, de los grupitos hechos alrededor de pequeños santones, y por ese mal colectivo del amoralismo, que convirtió a los medios ácratas de Francia, en algo vergonzoso y lamentable.

Hasta ahora la epidemia se había localizado en París, con ligeros ecos en el extranjero, ecos que se limitaban, sin embargo, a presentar como un proyecto más, la célebre Plataforma de organización. P

ero ahora hemos recibido, traducido al español por un periódico que se publica en Beziers en lengua hispana, que se ha erigido en campeón de esta nueva modalidad anarquista rusa y que tiene abierta una encuesta en la que hay algunas preguntas sospechosas y desconcertantes, el programa plataformista.

Se ve que el nuevo modismo viene a marchas forzadas hacia España, en donde quizá no tardará en encontrar adeptos.

Y es ahora cuando el momento llega de lanzar la voz de alerta, de preparar el ánimo y de advertir ligeramente sobre los estragos ya producidos por la famosa Plataforma.

* * *

Los imagineros del programa de marras son el Grupo de Anarquistas Rusos en el Extranjero. Estos anarquistas rusos, que han vivido la revolución y que se presentan provistos de sus enseñanzas, son, seguramente, hombres de buena fe, pero que han sufrido la perturbación moral que la revolución rusa produjo en tantas conciencias. Es decir: han visto de cerca la hoguera revolucionaria, pero se han quemado las alas en ella. Esto es, han dejado en ella, consumida, buena parte de lo que había sido su conciencia ácrata.

Han visto la impotencia del anarquismo en Rusia, que no pudo orientar libertaríamente a la revolución, que dejó en manos de los comunistas el norte de las masas, y, en vez de buscar la causa, no de este fracaso, sino de esta imposibilidad—pues el anarquismo en la revolución rusa no ha fracasado, sino que ha carecida de posibilidades—achacan el mal a una causa ya vieja: el anarquismo carece de organización ; movimiento caótico, no cuenta ni con disciplina de partido, ni con ejército revolucionario. organizado.

La Plataforma sienta las bases de esta disciplina y de esta organización de ejército, que asegure la revolución y resista el ataque contrarrevolucionario.

A los espíritus simples, ante los que sólo se presentan preguntas elementales, las razones que los organizadores aportan en apoyo de su tesis, parecerán quizá de peso. No verán, tras ellas, las contrarrazones, la deducción lógica, la asociación de consecuencias, que encadenan unos hechos con otros y que, presentándose todas en bloque en nuestro espíritu, nos muestran el desequilibrio, la enorme conmoción ideal que este proyecto, de prosperar, causarla en el anarquismo.

El concepto que de las ideas tienen los plataformistas, responde, por su estrechez de visión, a la neta influencia leniniana. Ellos, como Lenin, ven el mundo en bloque. El mundo no es ni una reunión de individualidades, ni un conjunto heterogéneo y complejo, cuyas numerosas facetas no pueden ser olvidadas. Es una masa dócil, que manos voluntariosas pueden manejar fácilmente, por medio de la fuerza. Una fuerza armada y organizada, una organización de cuartel y de idealidad homogénea, sujeta a dura disciplina del pensamiento y de la acción, a los que se señala un límite y a los que se les dice : él interés creado de la revolución, la disciplina del partido exigen tu docilidad y tu obediencia, que reduzcas y adaptes tu vida y tu ideal a esta vida y a este ideal que una disciplina moral y material te imponen. Tu libertad, tu personalidad, no existen. Debes ser parte, y parte sumisa, de un todo que necesita una dirección para ser algo.

Bien entendido : la dirección de este todo debe pertenecer a los anarquistas, y, con preferencia a todos, a los anarquistas que han descubierto la clave del universo, la raíz de nuestros males y han hallado, médicos del cuerpo social, el adecuado remedio.

El primer efecto de este proyecto, cuyos enunciados principales son la Unión de todos los anarquistas y la constitución de un ejército anarquista revolucionario, ha sido producir el caos en el anarquismo francés. Sebastián Faure y la parte sana del movimiento, colocáronse enfrente de la Plataforma, volviendo por el prestigio y la integridad de nuestras ideas. Los plataformistas, flanqueados por ese género híbrido de anarquistas, de los que también tenemos aquí algunos raros ejemplares, que no son ni animales acuáticos ni terrestres, ni hembras ni machos, han conseguido apoderarse de la Unión Anarquista Francesa, excomulgar a Sebastián Faure, a Loréal, a los mejores y más serios militantes.

Sebastián Faure, a sus 75 años, hace visto arrinconado por ese grupo de audaces, que aplican la disciplina y el arrojo revolucionarios atacando y atropellando a los viejos luchadores, que cimentan la unión sobre la disciplina servil y silenciosa y cuyo primer acto de fuerza consiste en un golpe de Estado, mediante el cual consiguieron apoderarse de las riendas del único Poder que estaba a su alcance : la dirección de la U. A. F.

* * *

Ahora, con armas y bagajes, de la mano de ese periódico que se publica en español en Beziers y que fué el único que publicó — coincidencia también sospechosa — un escrito contra nosotros, obra de los individuos de la famosa noche del 16, la Plataforma se nos viene encima. Viene a ofrecernos la panacea universal de sus descubrimientos revolucionarios, y a brindarnos el plan de organización del ejército anarquista, y a ponderarnos las necesidades de la disciplina, y a decirnos que Kropotkin, en 1892, ya dijo que «la creación de un partido anarquista en Rusia, lejos de ser perjudicial a la obra revolucionaria común, es, por el contrarió, deseable y útil en el más alto grado». Kropotkin hablaba de un partido anarquista en Rusia, en donde había partido socialista revolucionario y la palabra partido, sin Parlamento popular, no tenía sabor político. Hablar de partido anarquista, en Francia y en España, en donde, más o menos suspendidas y mediatizadas, existen o volverán a existir Cámaras populares, es un tanto sospechoso.

Pero en fin : la Plataforma vendrá a España, y en España esperemos que no será bien recibida. No la recibirán bien los anarquistas sinceros y conscientes, porque ese anarquismo cuartelero y disciplinado, ese partido anarquista, no acabará de convencerles. Escamados y desconfiados, habrán hecho también su experiencia, si no revolucionaria, de militantes y de hombres que aprenden de la vida y juzgan por sí mismos. Los otros, los specimens que no son moluscos ni vertebrados, tampoco la necesitarán para modificar sus puntos de vista.

Tiempo ha que tenemos por acá al posibilismo libertario, al revisionismo y a un sindicalismo que no es político, pero sí a unos sindicalistas que quisieran que fuera político. ¿Plataformismo ahora? ¿Para qué? —dirán ellos—. A no ser que, reforzados en sus tesis por testimonios como tos de Archinoff y los de Mackno, que también forman parte del Grupo ruso, vuelvan a la palestra, dispuestos a la creación del partido anarquista, útil en Rusia en 1892, pero no en España ni en Francia en 1928. Caso de que no resuelvan el problema, coincidiendo todos en una solución química que puede llamarse partido sindicalista : el famoso partido sindicalista de Andalucía, que abortó por falta de madurez diplomática y por sobra de conciencia inteligente en los obreros anarquistas, sobre todo en los andaluces.

Son tantos los que enarbolan la bandera de la unidad moral y sirve ella para tan diversos fines, que a uno le entran ganas de proclamarse apóstol de la desunión, del grito libre y la guerra abierta. Unos, los comunistas, se declaran partidarios del frente único obrero ante el frente burgués internacional. Los anarquistas, o los que nos lo llamamos siéndolo o no siéndolo, tienen un género de unidad moral para cada gusto. Unidad moral de los militantes con vistas a la ideología ácrata ; unidad moral, con vistas a la acción ; unidad moral, ante el problema de las organizaciones obreras ; unidad moral en el movimiento orientador de la Confederación.

Los plataformistas vienen también provistos de su unidad moral. Unidad moral que en ellos significa sumisión moral. Un fin señalado, una homogeneidad de acción ; una disciplina de partido ; una organización de ejército. La colectividad, eligiendo a sus directores; los directores, dirigiendo a la colectividad. Un procedimiento uniforme, un ideal uniforme, un propósito uniforme, una acción uniforme, hasta una revolución uniformada. Para esto se bastan y se sobran los comunistas de Estado.

Por fortuna, las revoluciones, tempestades de los pueblos, se presentan con la espontaneidad y la violencia de las catástrofes siderales y geológicas. Todos los cálculos fallan y una revolución es aquello que el destino de un pueblo quiere que sea. Tras la palabra destino, pongamos estado de cultura, de adelanto, de aspiraciones. Hasta puede influir en ella el signo del Zodíaco bajo que nacieron los acontecimientos revolucionarios.

Pero los plataformistas, simples y poco complicados como su programa y su visión, convierten a todo el problema en un asunto de fuerza. Unidos, harán la fuerza ; disciplinados, la fuerza será obediente; embotellada la idealidad, de ella no escapará la esencia y podrá ser servida, con cuentagotas, por los detentadores de las directivas, a los dirigidos dóciles. Mentalidades de pastores han concebido a la Plataforma. Y mentalidades de borregos serán necesarias para aceptarla.

* * *

Pero como hay creado todo este espíritu de rebaño, como hay que contar con el gregarismo de las masas y la pereza mental de los individuos, que prefieren aceptar aquello que les dan hecho, a fatigarse fabricándose por sí mismos los conceptos ; como vemos latente esa tendencia, en la mayoría, a abandonar el destino propio a la voluntad ajena y no son pocos los que creen necesaria esa disciplina, salvadoras la unidad de acción y la llave echada a las idealidades ; indispensable la organización de una fuerza armada ; fatalmente preciso el puente post-revolucionario, la dictadura de los mayores de edad sobre los menores díscolos, no estará de más estar oído alerta y ojo avizor.

La tendencia viene y vendrá apoyada por una fuerza secreta y diabólica que, por lo menos, si no provoca, azuza y se complace en nuestras discordias, siembra de cizaña los campos y recoge después el fruto. Los otros, los de enfrente, también se complacerán, gustarán del juego que nos entretiene.

Y el ideal, mantenido enhiesto y puro en la mano, el corazón y el pensamiento de muchos hombres buenos, de los mejores, necesitará, en sus choques con la realidad y al bajar entre las multitudes, la vigilancia atenta y el amor celoso de los que, por amarlo, lo queremos limpio y recto.

Convirtámonos, libre y voluntariamente, en centinelas del anarquismo. ¿Qué importa que se ridiculice nuestra vigilancia, que aquellos que quieren introducir de contrabando las modificaciones ideales, nos llamen gendarmería ácrata? Eso si: preparémonos, eximo los centinelas avanzados, a ser blancos propicios de todos los ataques, a recibir las acometidas de los asaltantes y a responder con nuestra vida de la seguridad del campamento—del ideal—puesto bajo nuestra responsabilidad y nuestra guarda.

FEDERICA MONTSENY


La Revista Blanca 7 no. 133 2nd series (1 Diciembre 1928): 364-366

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Federica Montseny, “La defensa del ideal” (1929)

La defensa del ideal

LIGERO INTROITO O DIGRESIÓN

A PESAR de que esta Revista tenga también su unidad moral, tienda también hacia una unión de esfuerzos, hacia un fin común y dentro de los enunciados principales de una misma idealidad, confieso que mis puntos de vista no hablan estado, hasta hoy, del todo de acuerdo con esta tendencia unitaria de la publicación.

Dije en el artículo del número anterior que ante tantas unidades morales le daban a uno ganas de proclamarse apóstol de la desunión. Después de estas palabras, las que preceden pueden parecer una rebusca de originalidad o una manifestación extemporánea de snobismo ideal.

Por temperamento no he podido nunca sentir la necesidad de la coordinación. Sé perfectamente que en la lucha a muerte entablada entre el capitalismo y el proletariado, entre la sociedad que muere y el mundo que nace, sin una unión de esfuerzos, sin una unidad moral de los individuos que aspiran a un mismo fin, seremos vencidos. Pero sé también que toda unidad, que toda coordinación exige, o mucha tolerancia, resultado de una elevación moral, a cuyo nivel aun no hemos llegado, o cierta esclavitud particular, cierta disciplina voluntaria del individuo, sus ideas y sus iniciativas, sacrificadas al interés común de la colectividad. Y como me conozco bien, como sé cuan insoportable me es toda sensación coercitiva, todo pensamiento disciplinado, toda meta señalada a mi espíritu y a mi actividad, como quiero elegir libremente mis compañías y prefiero mil veces la soledad a ciertos acompañamientos morales, de ahí que la tan cacareada unidad encontrase hasta ahora en mi un tibio defensor. Procuro, ante todo, ponerme de acuerdo conmigo misma y no me comprometo, por tanto, a nada que choque con mi manera personal de ser.

Pero, en realidad, mis particularidades nada tienen que ver y poco pesan en la balanza general. Por encima de ellas y fuera de ellas, yo misma puedo mirar los problemas y buscarles soluciones en las que, no obstante, no comprometo mi actitud. Aquello que es el bien de todos será, positivamente, mi propio bien. Mas con frecuencia he asumido actitudes y seguido caminos que de antemano sabía habían de ser una desgracia para mi. Al bien general he podido aportar, he aportado, aporto y aportaré todo mi esfuerzo, todo mi entusiasmo y toda mi voluntad. Pero me reservo la libertad de no aceptar para mi el bien, de escoger el mal y de luchar o de ser vencida por él. Sintetizando y sacando alguna idea clara de todo este conjunto de bizarras digresiones: el momento actual exige una unidad de acción, basada en lo que hay de común en cada tendencia ideal. Ello puede dar al anarquismo mucha de la fuerza que las luchas intestinas que siempre le han corroído, le restan. El bien general de cuantos profesamos la idealidad y el de la idealidad misma, exigen esa unidad. Yo soy, como anarquista, un defensor de ella. Pero, personalmente, como individuo, recabo la libertad ¡que tengo a no aceptar para mi un bien que para los otros deseo. No recabo ni el derecho al martirio ni el derecho al pataleo, que siempre han sido libres. Recabo únicamente el derecho personal a la franqueza o a la brutalidad, que ambas se confunden un tantico. Este derecho lo recabo, no para el presente, sino para el futuro, para ruando el momento llegue de dirimir, por encima de toda unidad, cuentas pendientes y que deberán ser liquidadas.

UNIONISMO Y FEDERALISMO

Será necesario que, como en el asunto de la Plataforma, pasemos revista a un ejemplo cercano de unionismo peligroso, sobre el que me permitiré sacar algunas consecuencias que pueden ser aplicadas a España.

En Francia hace ya tiempo apareció esa tendencia dichosa de la unidad. Aparte la unidad comunista, los anarquistas también fueron atraídos por las voces de sirena de la unión. ¿Cómo no? ¿Hay nada más encantador, más idílico que ese bello ideal de la unidad de esfuerzos, de la fraternidad, del cese de luchas fratricidas, que ese general abrazo de Vergara de todas las tendencias ácratas, que ese armisticio de las pequeñas hostilidades, que esa sordina puesta a las lenguas de los militantes de crítica y comadreo, que son ahora, peregrinamente, los únicos representantes visibles del anarquismo?

No más polémicas entre hermanos, no más tiquismiquis, no más diferencias sobre si, en la sociedad futura, los hombres vivirán cada uno sólito en una cueva o unidos en numerosísima familia. Paz absoluta, tolerancia mutua, abrazo mutuo, pacto tácito y colectivo de amistad. Y, una vez logrado ese fin dichoso, una vez todas las manos en contacto, coordinar una acción inteligente y, a la una, a las dos, a las tres, transformada la actual sociedad. Un buen golpe de mano, bien coordinado, bien organizado y henos en el Paraíso perdido. Los menos optimistas pensaban quizá, únicamente, en una renovación vital del anarquismo languideciente, en una nueva eflorescencia de la idealidad, cobrando fuerzas, preparándose y fortaleciéndose para oponerse a la futura guerra y convertirla en futura revolución social. Entre estos últimos contémonos nosotros, optimistas razonables, que no estamos más que a medias fuera de la realidad.

No obstante, todo este programa, tan útil, tan noble, tan defendido por todos, no se ha podido realizar. La más espantosa de las desuniones, el más horrible maremágnum ideal ha sido el resultado del parto, o aborto, de la unión. El recién nacido vino al mundo tan monstruoso, tan distinto de como era esperado y los resultados han sido tan fatales, que la fe en la unidad ha debido quebrantarse un poco.

Los que pasen la mirada por la prensa ácrata en Francia en la hora presente, podrán hacerse fácilmente cargo de lo que ha sido la unidad; bandera de que se han apoderado aquellos que quieren la unión que signifique subordinación ; la unión que signifique ahogo de toda independencia de criterio y de toda iniciativa particular ; la unión que signifique estancamiento de las ideas, sumisión a un criterio general, enmudecimiento de toda protesta, sacrificio de toda dignidad ideal en el altar de la conveniencia colectiva, del interés creado del fin común.

Frente a esta unión de que son usufructuarios los Plataformistas y portavoz «Le Libertaire», hase alzado la voz mesurada y noble de Sebastián Faure, con su «Síntesis anarquista» y con la «Voix Libertaire» por portavoz. Frente al unionismo rebañero, de ovejas dóciles y de pastores avisados, el federalismo anarquista, la constitución de una unidad moral que deje a cada individuo su independencia de criterio y a cada rama de la idealidad común sus aspiraciones, federándose, no uniéndose, en un común enunciado cuya síntesis es la «Synthése anarchiste» de Faure.

Esta síntesis ha abierto el camino hacia la constitución de una nueva y verdadera unidad : la Federación Anarquista Internacional, o sea, la federación de todos los anarquistas en una internacional libre que sintetice todas las tendencias ácratas y que sea la coordinación de todas las buenas voluntades reunidas y tendiendo a un fin común : la propaganda del ideal y la preparación en las conciencias del estado social y ético del futuro.

En apariencia, los fines son los mismos. Pero, ¡qué diferencia hay de la síntesis anarquista de Faure a la «Plataforma de organización de los anarquistas», aborto unionista que tiende a representar una perturbación o desviación del ideal!

En la «Síntesis» renace la tradición federalista de Europa, que nosotros, los anarquistas españoles, hijos espirituales de Bakunin y de Pi y Margall, debemos continuar. Federación significa pacto libre, entre hombres o entre colectividades. Unión significa soldamiento de individuos o comunidades, unidos para un fin común. Es lo mismo y muy distinto. La palabra federalismo conserva la independencia y la dignidad de las ideas y de los individuos. Federarse es solidarizarse, hermanarse libremente a no importa qué ni quién. Unirse significa agregarse, juntarse, fundirse, desaparecer individual y colectivamente en el conjunto reunido y casi siempre dirigido, que va hacia no importa qué.

Sutil y clarividente, ha percibido Sebastián Faure la diferencia al dar, con su «Síntesis anarquista», base ideal a la Federación Anarquista o unidad moral de los anarquistas federalistas, frente al Plataformismo impregnado de espíritu leniniano e inspirado, de lejos o de cerca, por ese enorme sacrificio de la dignidad individual humana, del hombre individualmente considerado, sometido al interés creado, al fin supremo de la revolución y a la característica de mesianismo clásico del hombre providencial, que el mundo conoce con el nombre de revolución rusa.

Frente a la Síntesis de Faure, los de la Plataforma se han levantado. No contentos con expulsar a Faure y a Lentente de la Unión Anarquista Francesa, con matar espiritualmente todo un movimiento, arremeten contra el viejo camarada, de gloriosa y larga historia, cuyas canas no inspiran respeto a ese grupo de buenos mozos, no atormentados por ninguna inquietud moral y en los cuales la idealidad adquiere espíritu de Ejército de Salvación o de Legión Extranjera. P

ara ellos la Síntesis anarquista «no es más que una farsa inventada para justificar una culpable actitud», como la califica «Le Libertaire». Sebastián Faure y los anarquistas federalistas que, como él, han defendido la tradición libertaria, son hombres atrasados, reaccionarios, fuera de las realidades presentes y que; no han hecho la famosa experiencia de la revolución, experiencia que hizo con provecho personal el desaprensivo Colomer y con hondo trastorno ético los apóstoles o aspirantes a hombres providenciales de la Plataforma.

No obstante, alrededor de la Síntesis anarquista deberemos irnos agrupando internacionalmente todos los anarquistas. Alrededor de la Síntesis anarquista, todos los que sen timos el ideal, todos los que lo aceptamos íntegramente, todos los que no estamos dispuestos a sacrificar a ningún interés creado la tradición independiente del anarquismo, todos los que aspiramos a la libre renovación y a volver las ideas anarquistas a su historia de abnegación y de libertad continua y militante, todos los viejos que han podido salvar sana e intacta su conciencia en esos grandes naufragios colectivos que se han llamado guerra mundial y revolución rusa, todos los jóvenes que hemos venido al mundo de las ideas puros de ese gran pecado moral del mundo de que todos los Jordanes no podrán purificar, en muchos años, a las ideas y a las costumbres de la época, iremos formando esa gran Federación Anarquista que conserve la pureza y la dignidad de las ideas y que de ellas lave y vaya expurgando, paulatina e insensiblemente, todas las manchas y los malos rebrotes.

LO QUE QUEDA EN LOS IDEALES

No es necesario que lo diga: El daño, tan general como general fué la causa, es pueril localizarlo. No son España, ni Francia, ni Italia, la cuna de la epidemia, que no somos nosotros solos a sufrir, pues lo nuestro no es más que manifestación esporádica de un mal universalmente esparcido.

Pero aquí como en Francia, las características son las mismas, hemos vivido los mismos períodos y pasado por las mismas pruebas. Hemos vivido diez años de desorden espiritual, de caos moral, durante los que han quebrado todos los valores y durante los cuales las ideas sólo han podido mantenerse puras gracias a grandes núcleos de anónimos, de almas fervorosas, cada día renovadas y enriquecidas. El sindicalismo, con el mal de sus grandes masas sin idealidades morales, impulsadas sólo por la jornada baja y el jornal más alto ; con sus líderes, que reproducían todas las maneras de los grandes caudillos políticos ; con el espíritu de rebaño que crearon los pastores que lo necesitaban para esquilmarlo; las desviaciones del anarquismo militante, que, si puro y digno en una gran mayoría anónima, cayó en lamentables extravíos en manos de una minoría militante, extravíos que no es ahora el momento de discutirlos, han producido en España un estado latente de conmoción, de lucha y de inestabilidad que a la postre podrían también matar un movimiento siempre persistente, continuado a prueba de persecuciones cruentas y de grandes calvarios del proletariado.

Se trata, pues, aquí como en todas partes, de ir a una federación anarquista, a una constitución de una unidad, de un pacto libre entre hermanos : entre todos cuantos acepten el anarquismo tal como lo concibieron Bakunin y Kropotkin, Reclus y Grave y Faure y Malatesta y Malato y Gille, tal como lo continúan los Nettau, los Rocker, los Fabbri, abierto a todas las manifestaciones del espíritu humano y susceptible de todas las renovaciones y aportaciones individuales, como ideal ilimitado y libre, que cada día se enriquece, que se revisiona continuamente, que no puede ni podrá ser jamás programa de partido.

Nuestro anarquismo es el anarquismo de los grandes hombres que lo amaron y lo avaloraron con su vida, de tal forma que ideal y existencia son una misma cosa ; nuestro anarquismo es el anarquismo que significó desinterés, abnegación, sacrificio, que se honró en la honradez de sus hombres y que alzó muy alta la bandera del espíritu humano, colocándose al frente de todo pensamiento y de toda causa justos. Nuestro anarquismo, nuestros anarquistas, aquellos a los que queremos unirnos voluntariamente, aquellos con quienes constituiremos la libre federación, el libre pacto de unidad moral, son los que dignifican el ideal con la dignidad de sus vidas y de sus pensamientos, con la bondad de sus almas y la nobleza de sus actitudes, con la elevación de sus pensamientos y su esfuerzo perseverante, que edifica piedra a piedra, y deja, al morir, la inmortalidad de una obra y de una vida que no mueren porque viven, exaltadas y puras, en todos los corazones y en todas las memorias.

El anarquismo, los anarquistas son estos, somos estos, sí, que entre ellos, con orgullo, con ímpetu, con dignidad y con razón puedo contarme, me contaré siempre.

¿Qué importa que otros, indignamente, quieran ostentar y usurpar sin derecho este nombre glorioso? ¿Qué importa que surjan, como en toda idealidad, los fariseos, los escribas, los sacerdotes, los Judas, los aprovechadores de la doctrina pura y los sapos que sobre ella escupen? En el acervo ideal, ¿qué es lo que queda? La obra y la vida de un Kropotkin, la vida y la obra de un Reclus. ¿De qué sé enriquece el ideal: de esputos sanguinolentos de tísicos morales, que quieren emponzoñar con su miseria orgánica toda obra y toda vida florecientes; matar toda salud moral y acabar con toda lozanía del pensamiento, o de la tranquila tenacidad de nuestros sabios, de nuestros militantes, de nuestros bravos anónimos, que escriben silenciosamente grandes epopeyas del ideal, la mayor parte desconocidas?

En el ideal queda lo bueno, lo noble, lo digno, lo sano, lo sereno, lo puro, lo generoso, lo abnegado, lo leal, lo que se cimenta sobre una ética libre y superior y sobre un concepto elevado y firme de la dignidad y de las ideas. Lo demás se esfuma, desaparece, muere, sin dejar herencia ni sucesión, que el odio y la envidia son estériles, como las tierras pedregosas, impotentes, como aquellos a los que se privó del don de crear.

No he terminado aún.

FEDERICA MONTSENY.


II

LA TRAGEDIA DE NUESTROS LUCHADORES

ANTES de continuar tratando el lema de la unidad moral de todos los anarquistas que aceptamos el anarquismo tal como lo han ido elaborando nuestros teóricos, quiero tratar una cuestión previa, sentando las bases de una posición ante el mundo y las realidades que nos impone la relación colectiva con los que comparten nuestras ideas. Estas realidades, por duras que sean, es necesario no ignorarlas y ha de ser contando con ellas como debemos afrontar todos los problemas.

El ideal necesitamos defenderlo no tan sólo de la persecución autoritaria, de la oposición del mundo, no tan sólo de esas influencias nefastas que pretenden desviarlo y perturbarlo, sino que también debemos defenderlo en el alma y en la vida de nuestros luchadores, de los que lo encarnan y en ellos se ha hecho vida y corazón humano.

Debemos defenderlo en ellos y debemos defenderlo precisamente de nosotros mismos : de nuestras ruindades, de nuestra estrechez de criterio, de nuestra inconsciencia y de ese mal entendido iconoclasticismo que arrincona por inútil todo cariño y todo respeto.

Quizá ha sido el anarquismo el único campo donde se han cometido esos grandes parricidios morales que algunas veces costaron la vida física de ciertos hombres.

¡Oh, nosotros no hemos pensado nunca en la responsabilidad que como hombres y como anarquistas nos incumbe cuando uno de esos asesinatos morales se perpetra! Sobre nuestra conciencia deberíamos llevar perennemente el peso de nuestra gran culpa : culpa de todos, sí, porque aquellos que no son culpables directos, son cómplices con su silencio en el crimen.

Las persecuciones de los poderes constituidos, los sufrimientos que nos deparan nuestras ideas, esta lucha entablada entre nosotros y la sociedad burguesa, en donde vamos dejando, internacionalmente, jirones de nuestra carne y trozos de nuestra alma, ¿qué son, comparados con la amargura, con el dolor moral, con el íntimo y trágico derrumbe de ilusiones que nos espera a medida que vamos en nuestro ambiente comprobando las bajezas, los egoísmos, las crueldades, las ferocidades que lo pueblan, que han ido agostando, poco a poco, tantas y tantas mentes?

El movimiento de cada país tiene en su haber una o varias de estas víctimas. Cada militante que haya vivido un poco, tiene tras si y sobre sí el peso abrumador de esta amargura ; abrumador, porque es inesperado ; abrumador, porque cae traidoramente sobre nuestra espalda y nos aplasta y amenaza destruirnos moralmente.

Nuestra buena y santa Teresa Claramunt me decía un día, con lágrimas en los ojos y en la voz, que los años de cárcel, que las persecuciones, que toda una vida de trabajo, no los había apenas sentido. Todo lo sobrellevaba alegremente, pensando que era lógico que la sociedad burguesa se defendiera, que era legítima la lucha, que era leal la acometida, que era voluntario y gozoso el sacrificio de toda su existencia. Pero lo que había acabado con ella, lo que había destrozado su pobre corazón y minado su salud antes poderosa, eran las luchas asesinas, los ataques que hieren por la espalda, la lenta muerte moral que va matando traidora y solapadamente, porque el arma viene de manos que se dicen hermanas, y asesina con la insidia, con el odio, con la calumnia, con la bajeza, con la ruindad.

El anarquismo internacional tendrá eternamente sobre sí dos responsabilidades colectivas : aquella que ha ido produciendo la retirada de tantos y tantos militantes que abandonaron la lucha, no por temor a las persecuciones gubernamentales, sino sin fuerzas ya para resistir al asco moral que de ellos se había apoderado ante las injusticias y las lacras de nuestros medios, ante el acoso de que eran víctimas, por demasiado inteligentes y activos, de parte de los eternos y universales envidiosos e incapaces. Así, de esta manera, ¡cuántos hombres hemos ido perdiendo! El doctor García Viñas, que dejó la lucha militante, aunque no el íntimo amor y fidelidad a las ideas, es un ejemplo palpable y elocuente.

Y acerca de las victimas que nosotros mismos hacemos, sobre su conciencia tendrá siempre el anarquismo americano la muerte de John Most, asesinado moralmente porque no pudo resistir a la injusticia, al crimen que contra él se cometió y murió a manos de los que le calumniaban, de los miserables a los que nada decía su vida de sacrificio constante, de continua lucha, para los que la «Freiheit», baluarte glorioso del anarquismo de habla alemana, no era otra cosa que un modo de vida de Most y su familia.

Recuerdo que leyendo «John Most : La vida de un rebelde», de Rodolfo Rocker, mis ojos se llenaron de lágrimas al llegar a la caria de la viuda de Most, en la que, humilde y patéticamente, cuenta la gran tragedia moral de su pobre compañero, una de las siluetas más puras y más esforzadas del anarquismo ; uno de los hombres que más sufrieron en la vida y uno de los casos, el de su fin y la «Freiheit», que más deshonran a los medios libertarios.

La otra responsabilidad es de gran envergadura y entraña uno de los problemas universales del anarquismo. Quizá en otro articulo intentaré desarrollarlo. En este me limito a señalar simplemente su existencia. Es este el problema de nuestros intelectuales, de los hombres que tienen la desgracia de haber cursado una carrera, de dedicarse a un ramo del arte o del saber humano, y son anarquistas.

¡Oh, el tema, cuan complejo es! Diré sólo que he acabado por echarme a reir cuando algún anarquista despotrica contra el mundo burgués, su materialismo egoísta y las injusticias sociales, citando el caso de un Camoens, muerto de hambre y frío ; de un Cervantes, subviniendo penosamente a sus necesidades ; de un Wagner o un Beethoven, luchando con la miseria ; de un Poe, escribiendo febril de hambre sus poemas desgarradores ; de un Balzac, terminando una obra mientras aporrean la puerta acreedores iracundos. Pero, ¿es que en nuestros medios se tiene derecho a echar nada en cara a la sociedad burguesa? ¿Es que no somos nosotros culpables de un crimen mil veces peor que el que comete un mundo que tiene por norma la lucha por la existencia; nosotros, que deseamos mejorar moral y materialmente la condición del hombre?

Otra vez y en otro artículo pienso desarrollar el tema, porque no es este el propósito que en el presente me mueve.

EL IDEAL Y NUESTROS HOMBRES

Nuestra idealidad no es, indudablemente, una aspiración reducida, encerrada dentro del cuadro de una capilla o de una secta. Nuestro ideal es un propósito y un pensamiento generosos que pensaron hombres, por cuya realización lucharon y luchan hombres y que deberán gozar los hombres.

No obstante, el ideal, como todas las manifestaciones de la actividad, material o moral, del ser humano, se encarna en figuras que lo representan, que a él van agregando sus aportaciones individuales, las lecciones de su experiencia y el enriquecimiento de la evolución de sus mentes. Son representantes del ideal, propagadores del ideal, hombres del ideal y además parte intrínseca del ideal mismo, puesto que el ideal se va formando, adquiriendo carácter, historia, literatura, personalidad en la vida del mundo, gracias a su! esfuerzo, a su trabajo, por reflejo e influjo de sus personas. El ideal no es una verdad transmitida de ningún dios ni anunciada por ningún profeta. El ideal es una serie de ideas y de propósitos elevados y generosos que se van soldando unos a otros, constituyendo un cuerpo de doctrina que tiene por base la libertad y la felicidad del hombre.

Y el ideal tiene, por tanto, no sus profetas ni sus sacerdotes, sino padres e hijos de ideas. Los padres de hoy, fueron hijos dé ayer; los hijos de ahora serán padres de mañana.

Hacia un padre, el más elemental de los sentimientos nos reclama ternura y respeto ; nos dice que, si hoy nos sostiene en la debilidad de nuestra infancia, mañana nosotros debemos sostenerle en su senilidad débil. ¿Es que nosotros hemos abrigado nunca este pensamiento con relación a nuestros hombres? ¿Es que hemos pensado nunca en que debíamos respeto y amor de hijos a aquellos que son padres de nuestras ideas?

Nos hemos declarado inconoclastas. Iconoclasticismo, ya se sabe lo que quiere decir : brutalidad, ausencia de todo pensamiento delicado, de todo espontáneo y cálido movimiento de alma que nos aproxime, no a los ídolos, que aquellos que valen verdaderamente jamás piensan en serlo, sino a los padres ; que nos haga premiar, con nuestro cariño y nuestro respeto, el don de vida moral que nos han ido haciendo.

El ideal, que es no tan sólo el cuerpo de doctrina, el conjunto de ideas pensadas, sino también la serie de hombres que a él han ido aportando sus pensamientos y sus especulaciones, sus estudios y su experiencia, debe ser igualmente defendido en el alma de estos hombres. Porque cuando una de estas almas es herida por una saeta escapada de nuestras manos, una base, una riqueza pasada, presente y futura del ideal recibe el golpe.

El ideal necesita nuestra vigilancia de centinelas y nuestra actividad de militantes y nuestra unión espontánea y libre y nuestro amor de padres y de hijos.

Defender el ideal no es sólo escribir un artículo, perorar en un mitin, unirse libremente, pasar meses en la cárcel, morir en el patíbulo o en la horca. Defender el ideal es limpiarlo, dentro de nosotros, de toda suciedad moral, separarlo de todo impuro contacto, darle todo lo mejor de nosotros mismos : nuestros amores, nuestras ilusiones, nuestras más profundas ternuras y aquellas delicadezas que sólo se tienen para las madres y para las amadas o amados.

Defender el ideal es comprenderlo y respetarlo en sus hombres, en aquellos que lo han ido construyendo, que nos han ido formando a nosotros, para que a nuestra vez formemos nuevos hombres y enriquezcamos el ideal nunca cerrado ni finito, cada día más amplio y que, como dijo Tarrida del Mármol, jamás llegará a realizarse, porque cada día será una cosa más grande y más alta, más ideal, es decir, más imposible de ser realizada.

Defender el ideal es confundirlo con nosotros mismos, vivirlo en nosotros, honrarlo en nosotros, alzarlo en nosotros, de modo que él y nosotros no seamos más que una misma cosa. Defender el ideal es limpiar nuestra mente de toda idea ruin y de todo pensamiento emponzoñado; es ser continuamente los mejores de cada época, contando con que en cada época los hombres se van mejorando.

Defender el ideal es todo esto, pero ¿es que habrá algún lector que no piense, como yo en este instante, que el desventurado que se proponga defender al ideal de esta suerte será victima ofrecida a la rapiña y a la crueldad de todos?

DEL IDEAL A LA REALIDAD

Un hombre que pensara así, ¡qué horrible suerte sería la suya! ¡Qué negro y corto porvenir le esperaría!

Es preciso, pues, descender, de un golpe, del terreno ideal a la realidad, de la cumbre a que habíamos logrado levantar nuestra mente, al llano en que nos debatimos.

Aquellos que más virginidad de alma aportaron a las ideas, que más llenos de fe y de ilusión vinieron a la lucha, han sido los que, eterna y universalmente, antes fueron quebrantados, antes cedieron y se aislaron, huyendo, horrorizados, de la realidad asesina.

Yo he tenido la fortuna inmensa de venir ya con el alma fuera de su corteza candida. Lo confieso sin rubor, aunque no sin tristeza : he carecido siempre de esa buena fe inicial que se va perdiendo a lo largo de los años. Me he conocido a mí misma v he sabido comprender que, fogosa y exaltada como soy, la muerte de una ilusión habría sido para mí la muerte total e irremediable. Me he salvado de ella, negándome a las ilusiones. Lo he dicho hablando muchas veces : para no tener ningún desengaño, que en mí habría sido cuestión de vida o muerte, no me he ilusionado nunca. Como aquellos que sufren del corazón huyen de las emociones, he huido yo de toda ilusión y de toda esperanza. Esto me ha salvado, me ha acorazado el corazón contra toda traidora sorpresa, me ha armado de serenidad y de un vago e íntimo desprecio.

Comprendo que es horrible e inmoral lo que estoy diciendo, pero más horrible c inmoral es vivirlo, y yo lo vivo. Lo vivo, y me atrevo a decir que es la única solución que resta para salvar el ideal en nosotros y ante el choque duro de las realidades.

Esos pobres hombres que murieron deshechos, destruidos moralmente : Bakunín, herido de muerte por aquella monstruosa trama que logró deshonrarle y para la que han sido precisos todo el cariño y la tenacidad de un Nettlau para desenredarla y restablecer la justicia y la verdad histórica ; esos militantes retirados, no por temor a las persecuciones, sino por los desengaños ; Most, no resistiendo a tanta calumnia y a tanta miseria contra él desencadenadas ; Grave, sufriendo las acometidas de toda una jauría mordiéndole las piernas ; Malatesta, acusado de cobarde por individuos que no están en Italia, que no tienen setenta y cuatro años y que no han demostrado ni demostrarán nunca el valor por Malatesta siempre probado ; estos pobres hombres y cuántos más que han ido muriendo un poco cada día, destruidos por los mismos que se llaman hermanos (!), han sufrido y sufren tanto, han podido morir de sufrimiento porque no supieron establecer la suficiente diferencia y la distancia bastante entre ellos y el mundo ; entre el ideal que estaba en ellos y era ellos, y la realidad que eran los otros, todos los otros.

A aquel que veo ingenuo, lleno de ilusiones, de optimismo y de buena fe desbordante, le sentencio de antemano a una deserción próxima. Pienso : este no durará mucho. ¡Pobre muchacho! Está desnudo, en un país helado y erizado de matorrales espinosos.

Debe haber una gradación especial, una construcción singular de alma, que nos deje intacto, en nosotros, guardado y amado, el ideal y las delicadezas, las virtudes y las bondades que él da y asimila. Que nos haga ser, individualmente, un trozo de ideal vivido en cada hora de nuestra vida, en cada acto nuestro honrado y demostrado. Y ante los otros, ideal también individualmente, realidad colectiva, ante todos los otros, un mundo provisto de todos los elementos morales necesarios para bastarse a sí mismo, para dar siempre de si mismo, pero para no esperar, jamás, nada de los otros.

Aquello que damos, nos alegra y nos fortalece moralmente. Aquello que recibimos nos humilla. Y cuando esperamos recibir algo y no recibimos nada, ¡cuan hondo y profundo el desencanto y penetrante la herida! Debemos, pues, pensar en dar siempre y no confiar nunca en recibir nada : ni apoyo, ni comprensión, ni respeto, ni cariño. Aquello que damos, no es nunca ni debe ser nunca agradecido. Cuando lo damos, es que pedemos darlo. La palabra sacrificio debemos desterrarla por vaga e inútil. El sacrificio es inmoral. Aquello que hacemos, es que podemos y queremos hacerlo. Es un goce de sensación distinta y su premio está en el propio goce.

De este modo nos defendemos de nosotros mismos, de los demás, amigos y enemigos, defendemos el ideal, que nos tendrá siempre, porque la realidad no podrá destruirlo en nosotros.

* * *

Una vez terminada esta nueva y larguísima digresión, volveré a tomar el tema, en un próximo artículo, donde lo dejé en el anterior.

FEDERICA MONTSENY


III

LA TENDENCIA HACIA LOS ORÍGENES

EN otra parte de este mismo número, reproducimos un artículo publicado en «La Protesta», de Buenos Aires, que trata de esa crisis universal del anarquismo, crisis de ideas y de individuos, cuya solución no se ve por parte alguna. No se ve la solución, porque aun son muchos los que se niegan a comprender la causa, los que no atinan con los motivos que nos han llevado a este problema internacional, a ese desquiciamiento que amenaza quebrantar las bases más firmes del anarquismo; pero que no las quebrantará.

En el mencionado articulo se habla de generaciones revolucionarias educadas por el fascismo. Es cierto. La palabra fascismo no debemos circunscribirla a un país, ni a la sota etimología de partido armado que logró apoderarse del Poder en Italia. El fascismo ha devenido ya un estado latente en la conciencia humana contemporánea. Buscar los orígenes de ese estado de ánimo, de esa posición ante la vida, reclamaría un estudio largo y profundísimo, perdido ya en los dominios de la psicología experimental y de la filosofía de la historia. Desde luego, no es la primera vez que semejantes fenómenos se dar en la vida humana. La cronología de los hechos históricos ofrece otras manifestaciones esporádicas de degeneración moral, de reacción y retroceso mental colectiva, abarcando todos los aspectos y todas las ideas de las apocas respectivas.

Cada hora tiene su mata, como cada estación sus flores, como cada edad sus problemas y sus inquietudes. Cada época tiene sus característica histórica y algunas veces la característica histórica de las épocas se resulte a lo largo de los siglos.

Así esa manifestación de fascismo internacional, del que forman parte el propio comunismo de Rusia y todas esas tendencias autoritarias que se pretenden introducir en el anarquismo y que se introdujeron en el sindicalismo, haciéndole adoptar esas maneras dictatoriales, de imperialismo y centralismo, en pugna con la tradición federalista, con las normas de organización inauguradas por la primera Federación Regional Obrera Española y que no eran más que reflejo fiel de los procedimientos orgánicos de la primera Internacional.

Una reacción paralela, como esta disfrazada de renovación y de innovación, fué la Reforma ; reacción contra el paganismo que renacía en Roma, contra la libertad de costumbres que la Iglesia, atacada de humanismo, permitía e impulsaba. Entonces como ahora, surgieron los hombres providenciales, los que quisieron salvar el mundo, los que, atrincherados tras a barrera eterna del fin supremo, continuaron la tradición de intolerancia y puritanismo de la religión cristiana.

Así Calvino y Lutero y Bokold, Calvino, figura siniestra, que sólo tiene su igual en la de Felipe II, fué la encarnación más terrible y odiosa del hombre providencial, del Lenín religioso, que, en aras de su respectivo fin supremo, esclavizó, sometió, torturó, mató sin piedad. La muerte de Servet, en sus manos, simboliza la lucha y la gran tragedia de todas las épocas en uno desús momentos: e espíritu de independencia, la personalidad humana encadenada, vencida, sometida momentáneamente a la fuerza monstruosa que arrastra tras de sí, como reacción química del atavismo, como consecuencia de la fuerza centrípeta del cuerpo social, todo aquel que tiende hacia los orígenes de la Humanidad. Lotero, hombre de buena fe, es d hombre providencial esclavo de su propio empeño salvador. En cuanto a Bokold es el gran tragi-cómico de esa tragi-comedía universal: es el comediante que representa bien su papel, que engaña y se nutre de la imbecilidad y la cobardía humanas: es et Mussolini de ayer.

Tras grandes sacudidas históricas, tras esfuerzos excesivos de] espíritu y Ja acción humanos, acostumbran a venir esas reacciones, esas degeneraciones del genio evolutivo de la humanidad. La Reforma siguió al Renacimiento. Tras un siglo XIX rico en hombres y en ideas, vino la guerra, catástrofe social que inauguró a una generación y a una era de reacciones, de tendencia hacia los orígenes de la Humanidad.

Es conveniente buscar, lejos las causas de esto que tenemos cerca de nosotros. Cuanto más empequeñecemos y reducimos un problema, tanto más nos apena y atormenta su existencia; si, por el contrario, lo sumamos al conjunto, lo vemos en sus medidas exactas ; simple chispa, esquejo o salpicón de algo históricamente lógico y actualmente universal, establecemos las naturales dimensiones y somos capaces de encontrar, si no la solución, tanto más difícil cuanto más complejo es, por lo menos la suficiente serenidad para no dejamos llevar del pesimismo, para recobrar la calma y no abandonamos a esas desesperaciones pueriles que han hecho equivocarse a tantos sabios.

LA ENCRUCIJADA EN QUE NOS HALLAMOS

Es este uno de los grandes momentos críticos ; la Humanidad vive una hora de reacción, de tendencia hacia sus orígenes. Todos los instintos primitivos, las ideas primarias del hombre, reaparecen y se manifiestan obscuramente, como vemos revivir, en los nietos, los gestos, las facciones, los caracteres, los defectos y las enfermedades de los abuelos. A veces la revivencia se retrotrae y se remonta a algunos siglos.

La Humanidad evoluciona a saltos: dos hacia adelante, uno hacia-atrás. De aquello que ganamos en los dos saltos hacia delante, dejamos una parte en el salto hacia atrás. Y fijémonos bien : cuando adelantamos en un orden de conocimientos y de actividades humanas, no adelantamos en otro. El siglo pasado fué siglo de ejercicio, de adelanto del pensamiento. Este siglo es siglo de avance mecánico: Las ciencias aricadas progresan ; se realizan todas las maravillas de la electricidad, todos los prodigios del aire; todas las epopeyas de la onda y del átomo, captados y utilizados es beneficio del animal humano.

Las ciencias morales, el cultivo del pensamiento, la especulación filosófica, permanecen estancadas. Nos limitamos a repetir la historia, a manosear las teorías, a darles vueltas, a desquiciarlas y a bracear en el mundo del empirismo filosófico, resucitando posiciones y actualizando tendencias muertas. Se ha interrumpido el ascenso moral, lógico y paulatino ; sólo, como consecuencia de algo universalmente sentido, de una formidable eclosión, hasta ahora contenida y ahora desbordada, hemos avanzado en el terreno de los problemas sexuales, que hoy se debaten, cuando menos, aunque no hayan hallado la solución adecuada.

En los otros aspectos del pensamiento humano, podemos decir que nos hallamos en una encrucijada, detenidos en el cruce de múltiples caminos: no avanzamos, indecisos, no sabiendo por cuál tomar, Y en la indecisión nos asaltan todas las dudas, todos los sobresaltos, todos los temores ancestrales : renacen en nosotros, en el reposo, en la obscuridad de una noche moral humana, las obscuras humanidades de nuestros antepasados, los temores pueriles de una existencia primaria. Y son ellos los que hacen renacer la mentalidad de rebaño, el movimiento instintivo de acoplamiento, de reunión, de subconsciente gregarismo de los tropeles primitivos, de las hordas agrupadas para la defensa y el ataque.

Y es, en este momento, cuando surgen los pastores, los hombres providenciales; las aspiraciones rudimentarias en las masas retrotraídas al primitivismo, la característica mesiánica en los eternos conductores, jefes de tribu en la antehistoria de las sociedades, sacerdotes ayer, héroes más tarde, caudillos militares luego, caudillos políticos u obreros en este hoy que se extiende dentro de un ciclo de 50 años.

¿Cómo era posible que el anarquismo no sufriese también de esa parada, de los íntimos asaltos ancestrales consiguientes a ella, de los efectos que todo eso trae aparejados, si el anarquismo forma parte de la especie humana, si está sujeto a todas las variaciones y reacciones y revoluciones inherentes al hombre y sus sociedades?

Los ha sufrido y los sufre, los sufrirá por algún tiempo. Y que reconozcamos el mal, y la apreciamos y lo cataloguemos, no quiere decir que nos sometamos a ésa especie de fatalismo filosófico. No es posible ni conveniente adoptar esa posición de no resistencia al mal. Al mal debemos resistirlo. Oponernos a su avance y aunar todas esas fuerzas que hayan podido ser salvadas; todas esas voluntades y todos esos pensamientos que, universal y eternamente, han podido, pueden y podrán salvarse de esa fatal, repetida y sucesiva tendencia hacia los orígenes. Todas esas individualidades que han sido flores de los inviernos humanos y que han simbolizado a la personalidad, a la independencia y al genio evolutivo de la especie, si un día muerto en uno o en cien hombres, siempre, como perenne Fénix, en uno y en cien hombres renacido de sus cenizas, prolongado, superpuesto, reencarnado espiritualmente de tal forma que no ha dejado, no deja ni dejará de existir un solo instante.

LA TRADICIÓN DE LA INDEPENDENCIA

Formaremos, naturalmente, minoría. Seremos, naturalmente, los menos y nos esperarán días y luchas cruentísimas. Deberemos oponernos, con la sola barricada de nuestros pechos, con la única fuerza de nuestra personalidad y de la justicia y el derecho que nos asisten, a la acometida universal de los rebaños, dirigidos por los pastores que, eterna y universalmente, han sido los enemigos naturales, los polos opuestos de los hombres independientes. Deberemos sostenernos pacientemente en nuestro sitio, en la defensa desesperada de nuestras posiciones, del ideal que asimilamos y soldamos a nuestra vida, del ideal en el que pusimos la razón de nuestra existencia y al que convertimos en objetivo y meta de ella. Y, en él, sin desmayo, con estoicismo y dispuestos a esperarlo todo, a resistir todos los males imaginables, aguardar los refuerzos que vendrán luego, que saldrán de estos mismos rebaños contemporáneos, de estas mismas generaciones educadas por el fascismo, pero en cuyos hijos renacerá la estirpe humana de los abuelos, de los que escribieron las epopeyas revolucionarias del siglo pasado, de los que exaltaron al espíritu humano en el romanticismo y murieron sacrificados en la pira de las libertades del pueblo.

Pero como la vida no habrá pasado en vano, como no existen ni se dan dos cosas exactamente iguales, será también distinto el proceso, lo viviremos de distinta forma. y será también otra la idealidad de estas generaciones nonnatas, que habrán sufrido nuevas experiencias, que vendrán a la vida dejando tras si y trayendo con ellas muchas inquietudes y muy hondos problemas.

Nuestro propio anarquismo será otro. Será otro y el mismo, pues es sólo a esta admirable prerrogativa de evolución y renovación, de aportación y ampliamiento, a lo que debe el ideal ácrata sus condiciones de eternidad. En él hay un margen ilimitado para el progreso y la formación del hombre. No es únicamente su futurismo contemporáneo lo que garantiza a las ¡deas libertarias el dominio del porvenir. Es toda su característica de amplitud sin límites, de meta infinita, de visión perdida en el océano del mañana, sin frontera alguna, sin norma ni coto alguno.

Y es precisamente todo esto, también, lo que más indefenso lo deja ante los asaltos actuales. Por lo mismo que no tiene límite, ni están delineados sus terrenos, ni nadie puede otorgar patentes de anarquismo, mejor pueden introducirse en él de contrabando las perturbaciones, las perversiones, los elementos extraños, las tendencias hacia los orígenes que amenazan detener su curso de ascenso natural y paulatino.

Mas puede haber una contraseña que nos reconozca a todos los buenos, una palabra cabalística, un gesto universal que nos indique cuáles son los que han aportado al anarquismo el enriquecimiento de sus vidas y de sus ideas, y cuáles los que no van impulsados por otro fin que sus destinos propios, los que no han podido salvarse del aire de la época; los que, también en el anarquismo, están educados por el fascismo.

Por esto dije que alrededor de la a «Síntesis anarquista» deberíamos irnos agrupando internacionalmente todos los anarquistas: todos aquellos que aceptamos, en líneas generales, aquellas bases sobre que se asienta la idealidad, para lanzarse, desde ellas, hacia todas las audacias del pensamiento y las valentías de la acción. El anarquismo tiene sentados unos principios primordiales, de donde arranca la idealidad y que universalmente aceptamos: la desaparición del Estado, la implantación de una sociedad sin gobierno, la independencia del individuo, la libertad del pensamiento, la igualdad sote la vida, la pugna por establecer un orden social que asegure el libre desenvolvimiento de todos los seres.

Todo esto no puede ni debe ser modificado. Aportemos, cada uno, aquellas innovaciones y aquellos enriquecimientos que estén en nosotros, pero que sean, todos ellos, más avanzados que las bases primarias de la idealidad. Y no vale presentar como nuevas ideas viejas ; pasamos de contrabando productos averiados, pintarnos de nuevo, como hacen los chalanes, burros ideales desdentados y despelados. No vale jugar a los vocablos y al escondite con las ideas ; malabarear con los conceptos y cultivar el sofisma y la redundancia.

Nuestras ideas son claras, definidas y terminantes. Tienen una historia, una literatura, una riqueza en vidas incalculable. Son tan meridianas que todo en ellas se transparenta. No caben, pues, ni velos ni aguas turbias.

Y como todos los campos son libres, y están abiertas todas las puertas, en ellas y de ellas se sale y se entra con facilidad increíble. No es necesario, pues, que nadie haga las ideas a su imagen y semejanza, si no tiene bastantes virtudes para hacerse a imagen y semejanza de ellas. El mundo es amplísimo y en esa encrucijada en que nos hallamos son múltiples los caminos que se ofrecen para atraer los rebaños, confusos y desorientados, que en la rotonda se agolpan. Que sigan, aquellos que tienen aspiraciones de pastores, aquellos que tienen decidida vocación para ser esquilmados, las rutas por donde podrán transitar fácilmente los segundos tras los primeros.

Pero los que conservamos la dignidad de nosotros mismos, los que queremos continuar la tradición de independencia del espíritu humano, los que nos hemos salvado de esa educación fascista; los que tenemos el amor, la voluntad y la obstinación del ideal, estos, donde siempre estuvieron, eterna y universalmente, los que, frente a la tendencia hacia los orígenes, fuerza centrípeta del cuerpo social, opusieron la fuerza centrífuga, la tendencia hacia el superior destino, que nos impulsa y nos dirige hacia el porvenir.

* * *

Estos artículos siguen coordinación escasa. No obstante, algo les va ligando unos a otros y acabará de soldarlos cuando dé por bastante desarrollado el tema, ofreciéndolo a la mejor pericia y más profunda inteligencia de los que lo hayan visto de otra suerte o acierten a suplir todas mis deficiencias.

FEDERICA MONTSENY


La Revista Blanca 7 no. 134 2nd series (15 Diciembre 1928): 389-393.

La Revista Blanca 7 no. 135 2nd series (1 Enero 1929): 422-426.

La Revista Blanca 7 no. 136 2nd series (15 Enero 1929): 458-461.

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Ricardo Mella, “The Bankruptcy of Beliefs” and “The Rising Anarchism” (1902-03)

[These articles present a very challenging vision of the development of a revolutionary anarchism. They continue Mella’s arguments for an anarchism “without adjectives,” but also connect that notion to the idea of an “anarchist synthesis,” long before Voline presented his account of anarchist development and the need for synthesis that emerges from the very nature of anarchism itself. The translation is perhaps a little rough around the edges, but I think the ideas are clear enough.]

THE BANKRUPTCY OF BELIEFS

To my brother J. Prat:

Faith has had its moment; it has also had its noisy bankruptcy. There is nothing left standing at this hour but the lonely ruins of its altars.

Ask the learned people—or those who still wear the intellectual loincloth—and if they wish to answer you conscientiously, they will tell you that faith has died forever: political faith and religious faith, and the scientific faith that has defrauded so many hopes.

When all the past was dead, gazes turned longingly toward the rising sun. Then the sciences had their triumphal hymns. And it came to pass that the multitude was given new idols, and now the eminent representatives of the new beliefs preach right and left the sublime virtues of the dogmatic scientist. The dangerous logorrhea of flattering adjectives, and the never-ending chatter of the sham sages put us on the path to what is rightly proclaimed the bankruptcy of science.

Actually, it is not science that is bankrupt in our day. There is no science; there are sciences. There are no finished things; there are things in perpetual formation. And what does not exist cannot break. If it were still claimed that that which is in constant elaboration, that which constitutes or will constitute the flow of knowledge goes bankrupt in our time, it would only demonstrate that those who said it sought something in the sciences what they cannot give us. It is not the human task of investigating and knowing that fails; what fails, as faith failed in the past, is the sciences.

The ease of creating without examination or mature deliberation, coupled with the general poverty of culture, has resulted in theological faith being succeeded by philosophical faith and later scientific faith. Thus, religious and political fanatics are followed by the believers in a multitude of “isms,” which, if fertilized by the greatest wealth of our understanding, only confirm the atavistic tendencies of the human spirit.

But what is the meaning of the clamoring that arises at every step in the bosom of parties, schools and doctrines? What is this unceasing battle between the catechumens of the same church? It means, simply, that beliefs fail.

The enthusiasm of the neophyte, the healthy and crazy enthusiasm, forges new doctrines and the doctrines forge new beliefs. It desires something better, pursues the ideal, seeks noble and lofty employment of its activities, and barely makes a slight examination, if it finds the note that resonates harmoniously in our understanding and in our heart. It believes. Belief then pulls us along completely, directs and governs our entire existence, and absorbs all our faculties. In no other way could chapels, like churches, small or large, rise powerfully everywhere. Belief has its altars, its worship and its faithful, as faith had.

But there is a fateful, inevitable, hour of dreadful questioning. And this luminous hour is one in which mature reflection asks itself the reason for its beliefs and its ideological loves.

Then the ideal word, which was something like the nebula of a God on whose altar we burned the incense of our enthusiasm, totters. Many things crumble within us. We vacillate as a building whose foundations are weakening. We are upset about party and opinion commitments, just as if our own beliefs were to become unbearable. We believed in man, and we no longer believe. We roundly affirmed the magical virtue of certain ideas, and we do not dare to affirm it. We enjoyed the ardor of an immediate positive regeneration, and we no longer enjoy it. We are afraid of ourselves. What prodigious effort of will is required not to fall into the most appalling emptiness of ideas and feelings!

There goes the crowd, drawn by the verbosity of those who carry nothing inside and by the blindness of those who are full of great and incontestable truths. There goes the multitude, lending with its unconscious action, the appearance life to a corpse whose burial only awaits the strong will of a genius intelligence, who will strip off the blindfold of the new faith.

But the man who thinks, the man who meditates on his opinions and actions in the silent solitude that leads him to the insufficiency of beliefs, sketches the beginning of the great catastrophe, feels the bankruptcy of everything that keeps humanity on a war footing and is aware of the rebuilding of his spirit.

The noisy polemic of parties, the daily battles of selfishness, bitterness, hatred and envy, of vanity and ambition, of the small and great miseries that grip the social body from top to bottom, mean nothing but that beliefs go bankrupt everywhere.

Soon, and perhaps even now, if we delved into the consciences of believers, of all believers, we would find nothing but doubts and questions. All men of good will soon confess their uncertainties. Only the closed-minded belief will be affirmed by those who hope to gain some profit, just as the priests of religions and the augurs of politics continue to sing the praises of the faith that feeds them even after its death.

So, then, is humanity is going to rush into the abyss of ultimate negation, the negation of itself?

Let us not think like the old believers, who cry before the idol that collapses. Humanity will do nothing but break one more link of the chain that imprisons it. The noise matters little. Anyone who does not feel the courage to calmly witness the collapse, will do well to retire. There is always charity for the invalids.

We believed that ideas had the sovereign virtue of regenerating us, and now we find ourselves with ideas that do not carry within themselves elements of purity, justification and truthfulness, and cannot borrow them from any ideal. Under the passing influence of a virgin enthusiasm, we seem renewed, but at last the environment regains its empire. Humanity is not made up of heroes and geniuses, and so even the purest sink, at last, into the filth of all the petty passions. The time when beliefs are broken is also the time when all the fraudsters are known.

Are we in an iron ring? Beyond all the hecatombs life springs anew. If things do not change according to our particular theses, if they do not occur as we expect them to occur, this does not give in to the negation of the reality of realities. Outside of our pretensions as believers, the modification persists, the continuous change is accomplished and everything evolves: means, men and things. How? In what direction? Ah! That is precisely what is left at the mercy of the unconsciousness of the multitudes; that is what, in the end, is decided by an element alien to the work of the understanding and the sciences: force.

After all the propaganda, all the lessons, all the progress, humanity does not have, it does not wish to have any creed but violence. Right? Is this wrong?

And it is force that we accept the things as they are and that, accepting them, our spirit does not weaken. At a critical moment, when everything collapses in us and around us; when we grasp that we are neither better nor worse than others; when we are convinced that the future is not contained in any formulas that are still dear to us, that the species will never conform to the mold of a given form of association, whether it may be called; when we finally assure ourselves that we have done nothing more than forge new chains, gilded with beloved names,—in that decisive moment we must break up all the rubbish of belief, that we cut all the fastenings and we revive personal independence more confidently than ever.

If a vigorous individuality is stirred within us, we will not morally die at the hands of the intellectual vacuum. For man, there is always a categorical affirmation, the “becoming,” the beyond that is constantly reflected and after which it is, however, necessary to run. Let’s run faster when the bankruptcy of beliefs is done.

What does it matter that the goal will eternally move away from us? Men who fight, even in this belief, are those who are needed; not those who find elements of personal enrichment in everything; not those who make of the interests of the party pennant connections for the satisfaction of their ambitions; not those who, positioned to monopolize for their own advantage, monopolize even feelings and ideas.

Even among men of healthier aspirations, selfishness, vanity, foolish petulance, and low ambition take center stage. Even in the parties of more generous ideas there is the leaven of slavery and exploitation. Even in the circle of the noblest ideals, charlatanism and vanity teem; fanaticism, soon intransigence toward the friend, sooner cowardice toward the enemy; fatuity that that rises up swaggering, shielded by the general ignorance. Everywhere, weeds sprout and grow. Let’s not live delusions.

Shall we allow ourselves to be crushed by the grief of all the atavisms that revive, with sonorous names, in us and around us?

Standing firm, firmer than ever, looking beyond any formula whatsoever, will reveal the true fighter, the revolutionary yesterday, today and tomorrow. Without a hero’s daring, it is necessary to pass undaunted through the flames that consume the bulk of time, to take a risk among the creaking timbers, the roofs that sink, the walls that collapse. And when there is nothing left but ashes, rubble, shapeless debris that will have crushed the weeds, nothing will not be left for those who come after but one simple work: to sweep the floor of the lifeless obstacles.

If the collapse of faith has allowed the growth of belief in the fertile field of the human being, and if belief, in turn, falters and bows withered to the earth, we sing the bankruptcy of belief, because it is a new step on the path of individual freedom.

If there are ideas, however advanced, that have bound us in the stocks of doctrinarism, let us smash them. A supreme ideality for the mind, a welcome satisfaction for the spirit disdainful of human pettiness, a powerful force for creative activity, putting thought into the future and the heart into the common welfare, will always remain standing, even after the bankruptcy of all beliefs.

At the moment, even if the mind is frightened, even if all the pigeonholes rebel, in many minds something stirs that is incomprehensible to the dying world: beyond ANARCHY there is also a sun that is born, as in the succession of time there is no sunset without sunrise.


THE RISING ANARCHISM

Sequels are never good. But dear friends who, judging the first installment good, decided to publish it as a pamphlet, ask me to expand the material a few more pages, and I cannot and do not wish to refuse.

I wrote “The Bankruptcy of Beliefs” in a painful moment, impressed by the collapse of something that lives in illusion, but not in reality, which sometimes plays with ideas and with affections, to torment us with our own impotence and our avowed errors.

The truth does not give way before ideological conventions, and those of us who profess to worship it, must not, even through feelings of solidarity, much less through party spirit, sacrifice even the smallest portion of what we understand to be above all doctrines.

Whoever has followed the gradual development of revolutionary ideas, and of anarchism above all, will have seen that in the course of time certain principles began to crystallize in minds as infallible conditions of absolute truth. They will have seen how small dogmas have been elaborated and how, through the influence of a strange mysticism, narrow creeds were finally asserted, claiming nothing less than the possession of the whole truth, truth for today and tomorrow, truth for always. And they will have seen how, after our metaphysical drifts, we have been left with words and names, but completely bereft of ideas. To the worship of truth was succeeded by the idolization of sonorous nomenclature, the magic of sensationalism, almost a faith in the fortuitous combination of letters.

It is the evolutionary process of all beliefs. Anarchism, which was born as a critique, is transformed into an affirmation that borders on dogma and sect. Believers, fanatics and followers of men arise. And there are also the theorists who make of ANARCHY an individualistic or socialist, collectivist or communist, atheistic or materialistic creed, of this or that philosophical school. Finally, in the heart of Anarchism, particularisms are born regarding life, art, beauty, the superman or irreducible egoistic personal independence. The ideal synthesis is thus parceled out, and little by little there are as many chapels as propagandists, as many doctrines as writers. The result is inevitable: we fall into all the vulgarities of party spirit, into all the passions of personalism, into all the baseness of ambition and vanity.

How do we uncover the sore without touching the people, without turning the subject into a source of scandal, into the material of new accusations and insults?

For many, Anarchism has become a belief or a faith. Who would deny it? Because this has become so, passionate quarrels, unjustified divisions and dogmatic exclusivisms have been provoked. That is why, when the evolution has been completed, the bankruptcy of beliefs, a reality in fact, must be proclaimed frankly by all who love the truth.

When Anarchism has gained more ground, the crisis must necessarily arise. Iniquity manifests itself everywhere. Books, magazines, newspapers, meetings reflect the effects of the rare contrast produced by the clash of so many opinions that have sneaked into the anarchist camp. In open competition, doctrinal particularisms fall one by one in the battle of beliefs. None are firm, and they cannot be, without denying themselves.

The illusion of a closed, compact, uniform, pure and fixed Anarchism, like the immaculate faith in the absolute, could live within the enthusiasms of the moment, in febrile imaginations, anxious for goodness and justice, but it is exhausted by truth and reason. It dies fatally when the understanding is clarified and analysis breaks down the heart of the ideality. And the supreme moment comes to shatter our beliefs, to break up the ideological clutter acquired from this or that author, in love with one or another social or philosophical thesis. Why hide it? Why continue to fight in the name of pseudo-scientific and semiological puerilities? Truth is not enclosed in an exclusive point of view. It is not guarded in an ark of fragile planks. It is not there at hand or at the reach of the first daring soul who decides to discover it. As the sciences, as everything human is in formation, it will be perpetually in formation. We are and will always be forced to follow after it through successive trials; in that no other way is the flow of knowledge formed and certainty established.

This is how Anarchism will be surpassed. And when I speak of Anarchism and I say that in minds something stirs that is incomprehensible to the dying world, and that we sense beyond the ANARCHY a sun, which is born because in the succession of time there is no sunset without orthography, I speak of Doctrinal Anarchism, which forms schools, raises chapels and builds altars. Yes; beyond this necessary moment of the bankruptcy of beliefs, is the broad anarchist synthesis that gathers from all the particularisms that are maintained, from all philosophical theses, and from all the formidable advances of the common intellectual work, the established and well-checked truths, whose demonstration every struggle is already impossible. This vast synthesis, a complete expression of Anarchism that opens its doors to everything that comes from tomorrow and everything that remains firm and strong from yesterday and is reaffirmed in today’s clash that scrutinizes the unknown,—this synthesis is the complete denial of all belief.

There is no need to shout: Down with the beliefs! They perish by their own hands. Belief, like faith, is an obstacle to knowledge. And in the restless stirring of so many anarchists speaking, beliefs fail. We will not hide it. Let every one of us throw away the old dogmatism of their opinions, the loves of their philosophical predilections, and launching the mind on the broad paths of unrestricted inquiry, reach as far as the conception of a conscious, virile, generous Anarchism, that has no quarrel except with conventionalism and error, and has tolerance for all ideas, but does not accept, even on a provisional basis, anything except what is well proven.

This Anarchism is the one that is quietly forming. It is the one that is elaborated slowly in the beliefs able to feel the pressure of the atavisms that appear everywhere. It is the one that made me write “The Bankruptcy of Beliefs:” a cry of protest against the reality of the anarchist herd; a cry of encouragement for personal independence; a call for the expansion of the ideal that every day lives stronger in me and encourages me to fight for a future that I will not enjoy, but which will be an era of justice, well-being and love for the men of tomorrow. This Anarchism is the rising Anarchism, capable of collecting within its breast all libertarian tendencies, capable of encouraging all noble rebellions and of impressing on generous spirits the impulse of freedom in all directions, without hindrance and without prejudice, with the sole condition that exclusivism does not raise Chinese walls and that the understanding is delivered entirely and unreservedly to the truth that beats vigorously in the most diverse modalities of the new ideal.

It will no longer be said in the name of Anarchism: No further! Absolute justice, revived in the dogma that now dies, will be but the indeterminate goal that changes as human mentality unfolds. And we will not fall into the strange and singular error of setting a limit, however distant, to the progress of ideas and forms of social benefit.

The rising Anarchism proclaims the beyond endless, after having knocked down all the barriers raised by the age-old intellectual absolutism of men.

Don’t you believe that all the particularisms, all the theories, are now failing, that all the factories of rubble, awkwardly raised for the glory of new dogmas, are collapsing? Don’t you believe that the bankruptcy of beliefs is the last link in the human chain that breaks down and offers us the full breadth the anarchist ideal, pure and without blemish?

Faith will have blinded you. And you wound do well to renounce the word freedom; that can be a herd even in the midst of the most radical ideas.

For our part we limit ourselves to record a fact: anarchists of all tendencies resolutely walk towards the affirmation of a great social synthesis that encompasses all the various manifestations of the ideal. The walking is silent; soon will come the noisy break, if there is anyone who insists on remaining bound to the spirit of clique and sect.

Whoever has not emancipated himself will be left behind with the current movement and will seek redemption in vain. He will die a slave.

Ricardo Mella


Sources:

La bancarrota de las creencias, by Ricardo Mella, «La Revista Blanca», 107, Madrid, December 1, 1902.

El Anarquismo naciente was published as a continuation of La bancarrota de las creencias, in a pamphlet published in Valencia, in 1903, by Ediciones El Corsario.

[Working translation by Shawn P. Wilbur]

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